
[Reco textes] « Pascal Praud est un sombre connard », un portrait par Laurent Bertin
C’est un texte qui tourne beaucoup sur Facebook. Je l’ai vu passer plusieurs fois. J’ai essayé de savoir qui est ce Laurent Bertin, mais je n’ai pas trouvé (à titre d’exemple, il y a plus de 70 Laurent Bertin sur LinkedIn par exemple). Quoiqu’il en soit, c’est sacrément troussé…
» Pascal Praud est un sombre connard au sens plein, politique, symbolique et moral du terme. Pas comme une insulte jetée par fatigue, mais comme un diagnostic. Un connard n’est pas seulement quelqu’un de médiocre ou d’agressif. C’est quelqu’un qui fait système avec la bêtise, qui s’y installe, qui la cultive, qui en tire profit et qui la diffuse comme norme. Et sombre, parce que son activité consiste à éteindre, à assombrir l’espace commun, à rendre la pensée impraticable.
Il n’est pas ignorant. Il n’est pas maladroit. Il n’est pas emporté. Il sait très bien ce qu’il fait. Il sait que ce qu’il dit est faux, simplifié, biaisé, tronqué, mais il sait surtout que cela fonctionne. Sa parole n’est pas une erreur, c’est une stratégie de nuisance douce, répétée quotidiennement, industrialisée. Il ne cherche ni le vrai ni le juste, mais l’adhésion affective, le réflexe pavlovien, la colère recyclable. Il transforme la télévision en usine à ressentiment, où l’on confond systématiquement comprendre et excuser, expliquer et trahir, penser et mépriser « les gens ».
Son dispositif repose sur une mécanique très simple et profondément perverse. Réduire tout problème social à une faute morale individuelle. Réduire toute analyse à une opinion. Réduire toute contradiction à une attaque personnelle. Réduire toute complexité à du mépris de classe. Ainsi, le réel disparaît. Il n’y a plus de structures, plus d’histoire, plus de rapports de pouvoir, plus de déterminations économiques ou symboliques. Il ne reste qu’un théâtre de pulsions où l’on désigne des coupables commodes, où l’on hurle à l’injustice tout en défendant exactement l’ordre qui la produit. C’est la grande imposture. Se présenter comme porte-voix du peuple tout en neutralisant toute possibilité de politisation réelle.
Pascal Praud n’est pas un polémiste. Un polémiste a encore une thèse. Il est un animateur de décervelage, un régulateur de haines tièdes, un gestionnaire de colères inoffensives. Il ne radicalise jamais là où il faudrait, sur les structures, les dominations, les mécanismes, mais il excite en permanence là où cela ne mène nulle part. Il dépolitise en excitant, il anesthésie en criant. C’est le cœur de sa fonction.
Son rapport à la parole est profondément irresponsable. La parole n’est pour lui ni un engagement, ni un risque, ni une recherche. C’est une arme jetable. Il accuse, suggère, insinue, puis se défausse. Il ne répond jamais de ce qu’il produit. Il transforme l’opinion en bruit, le débat en pugilat, l’information en prétexte. Et quand on le contredit, il ne répond pas, il monte le son. Toujours. Comme un enfant mauvais, mais avec une audience.
Ce qui le rend particulièrement nocif, ce n’est pas son agressivité, mais son anti-intellectualisme militant. Il ne se contente pas de ne pas penser, il apprend aux autres à se méfier de la pensée. Il instille l’idée que réfléchir, c’est déjà trahir, que nuancer, c’est déjà excuser, que comprendre, c’est déjà capituler. C’est une pédagogie de la régression, une école du soupçon contre l’intelligence elle-même.
Et surtout, il n’y a chez lui aucune tragédie, aucune profondeur, aucune contradiction féconde. Pas de lutte intérieure, pas de doute, pas de faille créatrice. Seulement une satisfaction lourde, un confort moral obscène, une jouissance de plateau. Il n’est pas un cynique lucide. Il est un satisfait brutal, un homme parfaitement ajusté à une époque qui préfère la certitude hurlée à la vérité inquiète.
Donc oui, Pascal Praud est un sombre connard. Non pas parce qu’il choque. Non pas parce qu’il dérange. Mais parce qu’il abîme. Parce qu’il empêche. Parce qu’il normalise la bêtise agressive comme horizon du débat public.
Il n’est pas l’ennemi de l’intelligence. Il en est le fossoyeur routinier, le petit fonctionnaire zélé de son effacement. Et c’est précisément pour cela qu’il est si représentatif de notre époque, une époque où l’obscurité ne vient plus de la censure, mais de la parole elle-même, quand elle est confiée à ceux qui ont fait profession de ne rien vouloir comprendre. «
Laurent Bertin