
[Atelier d’écriture] – Thème : « Écrire une fiction basée sur une annonce matrimoniale du siècle dernier » (1ère proposition de novembre 2018)
[C’est quoi ?] De décembre 2017 à avril 2024, j’ai animé l’atelier d’écriture en ligne « écrire-en-ligne.net » ; site web qui consistait pour les participantes et participants à écrire une nouvelle selon une proposition d’écriture que je leur concoctais, et ensuite, collégialement, nous commentions une semaine plus tard les textes produits en zone privée du site — et j’y ajoutais pour chacune et chacun mes conseils personnalisés de gourou. Bref, un atelier d’écriture, quoi… Ces propositions d’écriture (ici également à titre d’archivage), si vous voulez vous en servir, sont libres de droit. Mais rien n’empêche de me faire un coucou, voire de me citer :-). Retrouvez les propositions d’écriture pour l’instant republiées > ici.
En novembre 2018, j’ai proposé comme 1er thème d’écrire des nouvelles de fiction à partir d’anciennes annonces matrimoniales du siècle dernier. Voici la proposition d’écriture introduite alors longuement (comme d’ordinaire pour créer un climat propice à l’écriture) :
« Écrire une fiction basée sur une annonce matrimoniale du siècle dernier »
(1ère proposition d’écriture de novembre 2018)
Il se passe que je suis propriétaire d’un recueil de centaines d’annonces matrimoniales, courant de 1885 à 1989. Il y a des annonces classiques, d’autres insolites, d’autres incroyables, d’autres affreuses ou cyniques, d’autres tendres, d’autres farfelues… Certaines très courtes, d’autres longues et détaillées. Il s’agit pour cet atelier de :
• Soit écrire en incarnant le personnage qui répond à l’annonce (âge, situation, époque) : écrire une lettre, en somme, adressée au » journal qui transmettra ». Sachant que toute lettre, si elle est bien élaborée, en révèle beaucoup sur la personne.
• Soit de raconter la rencontre entre les deux personnes à la suite de l’annonce, ou de raconter un moment de leur vie ensemble après s’être unis : bref, écrire une nouvelle.
• Soit de raconter un moment de la vie de la personne qui a passé l’annonce, ou de la personne qui y répond : bref, écrire une nouvelle.
Pour les participants de l’atelier cela suppose donc et au moins d’incarner le personnage, de se projeter à l’époque choisie et d’en montrer au moins un signe (écho de l’actualité, objet, mode vestimentaire, code social…).
Voici une sélection d’annonces (en fait qui ont été retenues par les participant(e)s à l’époque de l’atelier parmi de très nombreuses autres) :
Septembre 1984 = « Poète, peintre, musicien en puissance, ex-licencié parachutisme, Français, chrétien, 38 ans, sans fortune, aidera à grandir celle la seule de 30-40 ans (aristocrate européenne) que son Amour grandira. Hâte-toi de me connaître. Je suis Espace et Temps et Devenir. »
Juillet 1922 = « Vicomte français, 25 ans, bien généralement, sans fortune, parents Russie sans nouvelles depuis 1916, recherche orpheline ou autre 18-24 ans, ayant forte situation. photo. »
Février 1913 = « Excellent garçon, 25 ans, bien, famille honorable, espérance 16 000 francs, épouserait demoiselle avec tache ou veuve fortunée. »
[Des explications pour resituer ci-dessus :
« Bien » : c’est un bien immobilier ou foncier.
« Espérances » : un héritage attendu.
« Une tache » : un enfant sans père (cf : « fille-mère » ; enfant dit « naturel ») ou au moins… une virginité déjà envolée. La tache étant alors un « déshonneur familial ».]
Juin 1951 = « Impulsive, loyale, très câline, sportive, instruction secondaire, dactylo, 22, 1m60 épouserait, seconderait de préférence colonial, intelligent et bon ».
Novembre 1898 = « Célibataire rentier, 38 ans désire connaître célibataire, même âge, ayant rentes, pour vivre ensemble, frais communs. On ne s’ennuiera pas. Ecrire Léo, 10 avenue Victoria, Biarritz. »
Août 1948 = « Colonies. Divorcé 40 ans, 1,68m belle situation, avoir, physiquement bien, doux, sérieux, sobre, cherche compagne 26-40, sans enfant, aisée, idées larges, désireuse de rejoindre colonie proche, excellente santé, éducation, femme d’intérieur, soignée, réservée, intelligente, gaie, douce, caressante, affectueuse, 1,68 m environ, forte, potelée, peau satinée rose, jolie, bien faite, féminine, religion nationalité sans importance,. Vulgaire, autoritaire, commère s’abstenir. »
Juin 1901 = « Monsieur, 38 ans, propriétaire près de Toulouse, 70 000, épouserait demoiselle, veuve, apport 12 000 francs minimum, pouvant commander à servante, basse-cour, volaille, etc. Tolérerait tache. »
> « Une tache » : un enfant sans père (cf : « fille-mère » ; enfant dit « naturel ») ou au moins… une virginité déjà envolée. La tache étant alors un « déshonneur familial ».
Août 1898 (première annonce publiée par une femme !) = « Veuve, 85 000 francs, bien sous tous rapports, 50 ans (fils 12), désire mariage homme distingué, aisé, généreux. Pas d’intermédiaire. Écrire pour le 6, Mme Henery, poste restante, Chaville (Seine-et-Oise). »
Photographie du haut : un vélo-taxi en 1940 par Robert Doisneau (me semble-t-il).
PS : cet atelier a été prolongé en 2018 en atelier permanent sur plusieurs mois à partir d’autres annonces. Il a donné lieu à un recueil (plutôt brillant !) « Le Projet Conjugal » toujours en vente ici en format papier ou livre numérique.
« Le projet conjugal », est un recueil collectif de 23 nouvelles basées sur de simples annonces matrimoniales tirées d’un recueil d’un siècle de petites annonces de la célèbre revue « Le Chasseur Français ». 23 textes écrits par 13 autrices et auteurs qui font revivre des inconnu(e)s — certain(e)s sont peut-être même encore de ce monde et pourraient, qui sait, retrouver ici leur annonce… et comparer leur existence réelle à celle ici fictive. 23 nouvelles qui ne parlent pas que d’amour, mais aussi de guerre, de paix, de bonheur, de drame, de solidarité, d’espoir, de beauté, d’aspirations, de la société, de nos vies… 23 nouvelles issues d’un atelier d’écriture, Écrire-en-ligne, animé par Francis Mizio : les participants se sont entre-conseillés, corrigés, entraidés. Certains n’ont rendu leur version finale qu’après avoir remis plusieurs fois leur ouvrage sur le clavier. Les autrices et auteurs ont choisi les quelques lignes d’une petite annonce -— annonce composée parfois de quelques mots seulement — et, à partir de ces éléments et des quelques indices, ont imaginé avec talent sous forme de fiction des moments de vies, des destinées d’inconnu(e)s. 23 tranches de vies très écrites, très abouties. 23 nouvelles mêlant fiction et faits réels, qui traversent un siècle aussi drôles ou graves qu’édifiantes ou émouvantes, aussi proches de nous… qu’universelles et intemporelles.