
Camélia
Au 19e jour de la pandémie et du confinement, il décida pour se bouger un peu d’enfin planter ce camélia en pot qui se morfondait depuis 2 ans. En creusant, il réalisa que lorsque lui-même et tous les autres – à ce stade on en savait encore rien — auraient disparu que cet arbre allait continuer de croître librement, sans taille, et de fleurir toujours plus chaque année dans cette campagne où même là depuis quelques temps le silence était devenu étrange. Il se dit que planter un arbre en ces jours particuliers résonnait différemment qu’à l’ordinaire. Que l’arbre allait nous-lui survivre.
Lorsque il eut terminé, il en conclut qu’il était temps de se faire pardonner — et soudain regretta de n’avoir pas planté d’arbres plus tôt. Il ressentit soudain une violente envie de réparation et creusa jusqu’à la nuit tombée 19 trous, pour les 19 jours passés et celui qui venait, pour les vingt arbres qu’il allait lui falloir planter ; il retourna la terre jusqu’à s’en casser les reins, mais cela valait mieux que de grossir devant l’écran de son télétravail. Il fallait vite rattraper le retard ; il fallait en quelque sorte expier. Il avait décidé que désormais il planterait un arbre chaque jour, tant que durerait le confinement — et même après, il continuerait d’en planter, c’était devenu crucial.
Le lendemain matin, il remplit son attestation dérogatoire de sortie, cocha la case des « achats de première nécessité » et se rendit à la jardinerie pour acquérir des arbres — des dizaines d’arbres.
Mais elle était fermée.
(Vallet, 44 – 04/04/20)