Pourquoi désormais je m’auto-édite, et pourquoi sous le nom « Éditions Le Niveau Baisse » ?

En voyant passer hier sur Facebook ce texte « LES 11 TERRIBLES VÉRITÉS SUR L’ÉDITION DE LIVRES ? » ci-dessous dont je partage l’intégralité des remarques (même s’il faudrait vérifier les chiffres avancés ou du moins les sourcer), je me suis dit que j’avais là la meilleure explication de ma décision d’auto-édition depuis quelques années : le monde de l’édition n’est plus agité que par son propre souci de survie et les autrices et auteurs ne sont que les instruments interchangeables et jetables dans cette situation indépendamment de la moindre considération de talent ou de littérature.
J’y ajoute 4 items non présents, mais du point de vue plus strictement de l’auteur :
1 – Les éditeurs ne vous « suivent » plus/soutiennent plus sauf si vous avez cartonné, et encore… ils « demandent à lire » alors qu’ils savent très bien ce que vous faites depuis des décennies.
2 – Les éditeurs ne donnent plus d’ayant-droits ou une misère et les comptes sont toujours aussi opaques (je parle là des « grands » éditeurs. Il y a d’honnêtes petits, mais « comme les poissons volants », disait Audiard, « ce n’est pas la majorité de l’espèce ».)
3 – Hormis les « petits » éditeurs, les éditeurs ne défendent pas vos livres, qui sont devenus indéfendables dans la masse, car ceux-ci servent à caler des cartons d’une production pléthorique et absurde alimentant une machine infernale, sorte de planche à billet devenue folle.
4 – Mes éditeurs m’ont tous lâché (sauf un, mais qui ne me publie plus car je ne rentre plus dans ses cases) et pourtant j’ai rapporté bien du fric à certains.

Voici le texte (plus bas, longuement sur le mode humoristique mais au fond très sérieux, se trouvent les explications sur pourquoi je m’auto-édite sous le nom des Éditions Le Niveau Baisse… Vous verrez (si vous tenez jusqu’à la fin de ce très long post) :

« LES 11 TERRIBLES VÉRITÉS SUR L’ÉDITION DE LIVRES ? »

1 – Le nombre de livres publiés chaque année a explosé.
Et voici le chiffre vraiment choquant : le nombre annuel de nouveaux titres publiés chaque année a été multiplié par plus de dix au cours des seize dernières années.
2 – Le marché du livre est devenu sursaturé.
3 – Le marché du livre n’a pratiquement pas progressé au cours des vingt dernières années, malgré l’explosion du nombre de livres publiés.
4 – Les ventes moyennes de livres sont étonnamment faibles et chutent rapidement. La plupart des livres ne se vendent qu’à une douzaine d’exemplaires
5 – Un livre a bien moins de 1 % de chances d’être disponible dans une librairie donnée.
6 – Il devient de plus en plus difficile de vendre de nouveaux titres chaque année. De nombreuses catégories de livres sont entièrement saturées, avec un surplus de livres sur tous les sujets. Faire en sorte qu’un livre se démarque est devenu de plus en plus difficile. Chaque titre est en concurrence avec des millions d’autres titres disponibles à la vente, tandis que d’autres médias accaparent de plus en plus de temps.
7 – La plupart des livres se vendent aujourd’hui uniquement aux communautés d’auteurs et d’éditeurs. Tous les lecteurs potentiels d’un livre connaissent déjà des centaines de livres intéressants et utiles à lire, mais n’ont que peu de temps pour les lire. Les gens ne lisent donc que les livres que leurs communautés considèrent comme importants, voire obligatoires.
8 – Aujourd’hui, la plupart des activités de marketing des livres sont menées par les auteurs, et non par les éditeurs. Ces derniers ont réussi à se maintenir à flot dans ce marché en déclin en transférant de plus en plus de responsabilités marketing aux auteurs, afin de réduire les coûts et de soutenir les ventes. Les éditeurs jouent toujours un rôle important en contribuant au succès des livres artisanaux et en les rendant disponibles dans des centaines ou des milliers de canaux de vente, mais la réussite des livres dans ces canaux dépend principalement de la manière dont les auteurs soutiennent leurs livres.
9 – Aucun autre secteur ne connaît autant de lancements de nouveaux produits.
10 – Le monde de l’édition est en perpétuel changement. Les marges faibles du secteur, la grande complexité du secteur, la concurrence intense, les graves perturbations de la chaîne d’approvisionnement, l’essor des nouvelles technologies et la croissance rapide d’autres médias entraînent des bouleversements constants dans le secteur de la librairie et de l’édition, notamment la fermeture et la vente de nombreuses maisons d’édition.
11 – Le « tout gratuit » ou le « pas cher » : le comportement des personnes a beaucoup évolué avec le développement des vides greniers où les livres sont vendus pour quelques centimes d’euros, de plateformes de ventes de livres d’occasion, le partage gratuit de fichiers .pdf …
(Repris d’un article de Steven Piersanti, rédacteur en chef, Berrett-Koehler Publishers – 03 2023).

Voilà… et donc si je m’auto-édite, c’est tout simplement parce que s’il s’agit aujourd’hui de publier des livres invisibles qui ne rapportent pas un centime et se vendent peu… Eh bien, je peux le faire moi-même.

Mais alors pourquoi mon auto-édition s’appelle-t-elle… ?

Parce que sur les réseaux et surtout sur sur LinkedIn tout le monde partage ses expériences, et surtout ses réussites professionnelles, je voudrais, avec bienveillance, vous faire part des réflexions qui m’ont amené à choisir pour nom de ma maison d’édition « LE NIVEAU BAISSE », à la suite de l’auto-édition de les deux derniers ouvrages. Je suis certain, en toute modestie, que cet article façonh LinkedIn vous permettra vous-même de performer votre projet.

Les gens me disent « Wouah, t’as un super nom de maison d’édition ! » (enfin : une personne m’a dit ça), « mais comment as-tu fait ? » En fait, j’ai simplement appliqué des principes basés sur des préoccupations actuelles que pourtant chacun connaît. J’ai réfléchi, et aussi j’ai écouté la rue (la rue ne ment pas, on le sait maintenant).

 Ces principes sont :

  • Penser à ceux qui vont acheter le livre. Comment faire pour qu’ils soient contents dans tous les cas ? « J’ai même pas fini de lire le titre », me disait un acheteur frustré récemment. > Ma réponse : être proactif, lecteur friendly.
  • Être en accord avec les préoccupations actuelles : écologie, engagement RSE. « Et regarde en plus ce que cette saleté dégage », me disait un ami en tentant d’allumer son barbecue avec le dernier Musso. > Ma vision : être agissant dans une perspective non productiviste et environnementale glocale.
  • Proposer en direct un livre de qualité à la traçabilité transparente. « C’est vrai que je ne lis plus. Je vous remets le petit morceau en plus ? », me dit régulièrement mon boucher. > Face à cela, tenir son engagement dans un processus action/réaction.

Mon dernier roman « AU LOURD DÉLIRE DES LIANES » est donc frappé du nom de l’éditeur LE NIVEAU BAISSE, voici le décryptage sémiotique du nom. C’est toute une systémique de réflexions que je me permets de vous conseiller si vous le voulez bien, sans vouloir m’immiscer, d’appliquer :

1 – VALORISATION DU LECTORAT (ÊTRE LECTEUR FRIENDLY)

(je fais là appel aux enseignements et applications des neurosciences : « les biais de » (« car hélas il y a des trucs dont on ne peut se passer », me disait encore hier en soupirant un livreur Deliveroo dont la chaîne de vélo venait de dérailler) :

  • Par le biais de frimitude distinctive sociale des autres : ma cible de lectorat n’est pas une cible constituée de simples consommateurs de livres : ils n’achètent pas le dernier Goncourt au risque de constater à Noël que 4 autour de la table ont eu la même idée en cadeau à Mamie qui ne sait même pas se servir d’Ebay pour les revendre après le dessert. Ils ne sont pas du genre à acquérir le dernier Nothomb ou Levy sans trop savoir pourquoi ni se rappeler de ce qu’il y avait dans le précédent. Ce sont des consommacteurs (je préfère dire consolecteurs, voire consolectacteurs). Ils et elles sont conscients que l’offre littéraire actuelle générale est dégradée. En choisissant de s’afficher avec un livre frappé du nom de LE NIVEAU BAISSE, ils montrent en creux leur lucidité sur l’ensemble de la production éditoriale. Mon consolectacteur (et ma consolectactrice) se positionnent en prescripto-influenceurs. Tenir mon dernier livre édité par LE NIVEAU BAISSE plaqué par la foule contre la vitre de la rame de métro est un signe envoyé à cette mondialisation galopante qui nous broie tous.
  • Par le biais de distanciation ironique de posture : lire un livre LE NIVEAU BAISSE montre qu’on est clairement dans une démarche critique (« Le niveau baisse » est une phrase fourre-tout pour critiquer quoi que ce soit) en restant toutefois non-dupe. LE NIVEAU BAISSE est un contre-miroir des fausses réalités fictionnelles affirmées à l’époque du fake et du reality building. Je ne sais pas si je suis clair, mais l’idée est de refléter à l’autre qu’il y a de la buée et qu’on sait l’effacer.
  • Par le biais de sentiment de proximité éloignée impliquée participative : le consolectacteur (et la consolectatrice) se veut être un partenaire : LE NIVEAU BAISSE est une formule qui le rassure, signifiant que mes stocks d’invendus diminuent. Ce faisant, il participe de la bonne gestion de mon projet. Lecteur, acteur économique, citoyen, il se sent (et elle aussi) flatté(e) sur tous les aspects de sa présence dans ce pays qu’est la France, notre beau pays qui est si beau, si dynamique, et il/elle sait pertinemment ainsi, par son geste, que ce n’est pas vrai qu’on est toujours en retard sur un truc ou un machin.
  • Par le biais d’autoréassurance sur le risque de se faire flouer : un livre frappé du nom de LE NIVEAU BAISSE ne pourra jamais décevoir. Dans le cas où le livre décevrait, ce qui est improbable, mais admettons, le consolectacteur (ou la consolectactrice), celui-ci (ou celle-ci) pourra toujours affirmer qu’il/elle « en a eu pour son argent » (si je puis me permettre cette expression triviale) : « c’était pourtant bien marqué dessus ». LE NIVEAU BAISSE, c’est la transparence en toute clarté.
  • Enfin, on sait l’époque anxiogène, solastalgique : vous-même ne savez pas encore si vous serez grillés par le soleil, ou noyés par la montée des eaux, ou les deux si le soleil n’évapore pas l’eau qui arrive (ce qui risque de faire pleuvoir toutefois. — mais je schématise pour expliquer). Mon consolectacteur (et ma consolectactrice) a donc besoin d’être rassuré(e). Le message subliminal envoyé par le nom LE NIVEAU BAISSE va dans le bon sens. Il se situe dans une approche de ce que les anglo-saxons appellent le care. C’est à la fois du soin, du lien, de la bienveillance. Je propose un cocon ou pour plagier Damasio, un lectococon. Si j’ai cette phrase LE NIVEAU BAISSE constamment sous les yeux en laissant le livre traîner sur la table basse, je m’apaise. L’ambition que mon livre marqué LE NIVEAU BAISSE soit un outil de médiation entre la mort imminente du lecteur lors de la catastrophe planétaire proche, qu’il agisse comme un facilitateur de l’acceptation de la fin du monde, est en vérité, un des points forts de mon concept. LE NIVEAU BAISSE est un mantra offert aux personnes qui ne font rien ni n’envisagent de faire quoi que ce soit, mais estiment à juste titre que les autres ne font pas mieux, mais devraient se remuer. (Certains estiment que ce mantra peut être auto-prophétique, mais pour l’instant mes lecteurs du GIEC, il est vrai, n’ont pas répondu à mes sollicitations).

2 – ÉCOLOGIE – RSE

  • Qui désire mourir noyé dans son salon à cause de la montée des eaux, au milieu d’une production littéraire pléthorique flottante parmi les meubles dérivant, parce qu’on ne peut pas ouvrir la porte pour éviter de griller dehors ? Personne, évidemment. LE NIVEAU BAISSE, éditeur qui sortira très peu d’ouvrages est la marque d’un engagement productif décroissant, voire jamais croissant du tout. Songez que la production éditoriale infernale actuelle (deux rentrées littéraires de 500 ouvrages par an, sans compter les rééditions) ferait monter par son volume l’inondation de votre salle à manger de plus de 47% ! Et allez vous dégager de toute cette masse de livres détrempés, alourdis par l’eau, se réduisant en pâte à papier, pour atteindre la fenêtre ! LE NIVEAU BAISSE, c’est cela aussi : moins de production : c’est bon à la fois pour la planète et vos moulures lorsqu’il faudra les nettoyer à la décrue.
  • Nous sommes tous en quête d’une baisse de notre bilan carbone et de celui des produits que nous achetons. Certains déjà, et je les en félicite, prônent le circuit court. LE NIVEAU BAISSE, c’est de l’auto-édition : du livre élevé sous l’auteur en plein air, qui plus est, envoyé directement par lui-même (traçabilité donc garantie). J’envisage de supprimer la poste, et y réfléchis, mais pour l’instant demander au consolectacteur (et à la consolectactrice) de venir chercher son livre est une hypothèse, je dois l’avouer, délicate. Je ne peux hélas économiquement pas prêter de vélo à l’heure actuelle, et il y a des achats depuis l’étranger. Enfin, être dans une démarche de localecturevorité est aussi une équation difficile à l’export. Mais j’y travaille.
  • Dernière préoccupation légitime et toute à votre honneur : l’éthique sociale. Les personnes qui éditent le livre sont-elles bien traitées ? Chez LE NIVEAU BAISSE, il n’y a qu’un seul employé (c’est moi, en fait) et je peux vous assurer que je me traite bien, avec certes peut-être quelques conséquences minimes comme les pannes d’oreiller ou ce genre de choses. Il y a, certes, des toujours des aléas, des impondérables. Philippe Djian disait lui-même dans un de ses romans que traîner dans sa chaise longue pour chercher l’inspiration ne facilite pas l’obtention de crédits dans les commerces alentour. Toutefois, j’estime le bilan du ratio de l’indicateur du quota de ma qualité de vie au travail à 100%. C’est ça aussi LE NIVEAU BAISSE : moins de souffrance à l’emploi. Le consolectacteur et la consolectactrice en achetant un livre LE NIVEAU BAISSE est sensible à ce point d’autant plus qu’harassé(e), submergé(e) par le travail qui envahit jusqu’à son quotidien il/elle n’ont pas le temps de le lire. Savoir que l’auteur-éditeur, lui, n’a que ça à foutre est perçu clairement comme une avancée. Chacun peut faire sa part ; je ne vais pas vous raconter l’histoire du colibri pendant l’incendie de la forêt, mais ça me démange.

AU BILAN, DERRIÈRE UN SIMPLE NOM D’ÉDITEUR : UNE EXPÉRIENCE SUBLIMÉE POUR LE CONSOLECTACTEUR (ET LA CONSOLECTACTRICE)

Personne n’achète plus de livres pour simplement les lire. Quelle vieille idée de l’ancien monde éditorial rabougri sur ses gloires passées ! Aujourd’hui, c’est une véritablement une expérience que cherche mon consommalectacteur (et ma consommalectactrice). Le nom de l’éditeur LE NIVEAU BAISSE répond donc déjà en soi, on l’a vu, à tous les attendus.

Voilà. J’espère que la démarche que j’ai mise en œuvre et appliquée pourra vous inspirer pour déterminer vous-même le nom de votre projet, quel qu’il soit.

Enfin, j’entends déjà les objections : « D’accord, mais les livres, il y a quoi dedans ? ». Eh bien, cette expérience unique, transcendée, sachez que vous pouvez la vivre vous-même et vous faire votre opinion en toute liberté, et ce, sans que j’insiste pour que vous en disiez du bien (c’est un autre de mes engagements : ne pas forcer le consolectacteur (ou la consolectactrice) à avoir le même excellent avis que moi).

> Mon dernier roman « AU LOURD DÉLIRE DES LIANES » sous l’égide de « LE NIVEAU BAISSE » est en vente directe ici. N’hésitez plus : https://tribu-macroqa.francis-mizio.net/tribu-macroqa/acheter-le-roman/
> Mon dernier ouvrage satirique sous l’égide de « LE NIVEAU BAISSE », parodie jusque dans sa forme d’une monographie de boutique de musée, biographie d’une artiste conceptuelle fictive, à la fois satire, roman humoristique, parodie détaillée de catalogue / ouvrage de musée et guide « l’art conceptuel pour les nuls ». N’hésitez plus : https://francis-mizio.net/index.php/2024/11/07/etes-vous-proprietaire-dune-table-basse/