
Livraison
Cette idée d’acheter un squelette pour ses cours d’anatomie n’avait été au final qu’une source d’emmerdements. On lui avait livré sans crâne, et il lui avait fallu passer des dizaines de coups de fils (« si ceci, tapez la touche 1 ; si cela, tapez 2… ») pour avoir un vague stagiaire au bout du fil qui n’avait pas d’explication à lui fournir, et qui avait fini, à bout, par lui proposer de demander par courrier 5% de réduction sur la facture, ou plutôt un a-valoir de 5% pour de futurs achats, car le crâne ce ne sont que 8 os sur 206 soit 3,88% et donc une réduction de 5% serait tout-à-fait acceptable. Bien sûr, elle ne pouvait le renvoyer pour des questions d’hygiène (ce qu’elle ne comprit pas, n’étant pas nécrophile) — et puis surtout elle n’avait pas fait vérifier par le livreur qu’il n’y avait jamais eu de crâne. Il lui disait en somme que c’était un peu de sa faute si elle se retrouvait acvec un squelette sans crâne.
C’est un ami qui l’avait achevée en lui disant que la boîte de revente était chinoise, et donc qu’il y a toujours un bug dans leurs produits, fallait pas s’étonner — et en plus s’il n’y avait pas le crâne c’est que ce devait être le squelette d’un condamné à mort : ils avaient certainement égaré sa tête ou l’avaient volontairement détruite. Choquée, elle s’était débarrassée nuitamment des os encombrants au pied d’un immeuble voisin. En fait, le crâne lui parvint quelques jours plus tard. Il apparut alors qu’il avait toujours été annoncé qu’il serait livré à part. Mais voilà : elle ne lisait jamais les conditions de vente.
Au final, toutefois, lui resta une hantise : il avait été condamné pour quoi, ce type ?
[photo Instagram @cyrilcavalie – 3/11/19]