
Compteur
Lorsque le technicien d’Enedis qui était vraiment très mignon et avait de jolies fesses moulées dans sa combinaison eut terminé l’installation de son compteur Linky, elle le remercia avec force sourires et pour plaisanter lui annonça qu’elle savait très bien, parce qu’elle l’avait lu sur Internet, qu’à cause de lui elle allait développer maintenant une foule de cancers, se tordre dans des douleurs atroces, sinon contracter nombre de maladies même pas identifiées — et l’électricien a éclaté de rire.
Profitant de cet instant de complicité, elle en a rajouté en soupirant, clamant que la vie était courte, que c’était bien dommage, qu’à cause de ce fichu compteur Linky elle n’allait donc plus longtemps profiter du temps qui lui restait. Finalement, Linky, quand même quand on y réfléchit, cela peut inciter à profiter de toutes les occasions de la vie.
Le type l’a alors examinée curieusement en remballant ses outils dans sa caisse au moment même où son vieux chat obèse est venu se frotter contre lui en miaulant. Tout en la dévisageant, il s’est alors carrément rué en un éclair sur le palier.
Sur le coup, en refermant la porte, elle s’est mordue la lèvre en se disant « mais qu’est-ce que t’es conne, parfois, ma fille », puis elle s’est demandé avec une soudaine angoisse si le regard de l’agent ne signifiait pas après tout qu’il savait déjà qu’elle allait, vraiment et bientôt, choper une quelconque saloperie à cause de ce foutu Linky.
Alors stressée, elle a filé un coup de pied au gros matou qui a valdingué — et elle est repartie dans sa cuisine en boitant car elle venait de se tordre la cheville.
(Vallet, 44 – 27/11/19)