Journal de survie sur Chorus Pro (2e jour)

Journal de survie sur Chorus Pro, le portail pour facturer des trucs et des machins à des institutions de service public : 2e jour, 2e tentative.
Heureusement, la météo est clémente, alors j’ai ouvert la fenêtre de mon bureau pour rester oxygéné, car j’ai déjà le souffle court. Prudent toutefois, je m’hydrate régulièrement et prends des barres protéinées. Il faut que je me ménage car l’expédition s’avère ardue. Je suis parvenu à me connecter, c’est une immense satisfaction par rapport à hier, mais l’intérieur du site ne fonctionne toujours pas. Je crains en cliquant ça et là de trouver les corps décharnés d’auto-entrepreneurs qui m’auraient précédés morts épuisés ou plus probablement par avirementose déficitaire scorbutale chronique dans les pages qui moulinent. Il me semble parfois entendre des cris venus des tréfonds, mais peut-être sont-ce des hallucinations auditives dues à la fatigue ? Je surveille ma facture : pour l’heure, elle reste fraîche, grâce soit rendue à Gouv. La perspective qu’elle vienne à faner et que je dusse revenir sur mes pas m’affecte le moral, alors je chasse cette idée. Changeant d’onglet par stratégie de survie et souci de garder mon équilibre, je lis de temps en temps des posts de coachs sur Linkedin pour tenir le coup. Il ne me faut surtout pas flancher. Chorus Pro est un portail fait pour me faciliter la vie, c’est écrit, donc, je peux — je dois — y arriver.
Je vais passer ce jour et la nuit prochaine à camper sur la page d’accueil en examinant tous ces sommets que j’espère atteindre : « factures à valider », « factures émises », « factures de travaux ». Autant de rêves qui peuvent sembler inaccessibles, mais « quand on veut on peut », comme disait Siddharta (ou mon épicier srilankais, je ne sais plus). Et puis, n’ai-je pourtant pas vécu par le passé aussi les sites multiples de l’URSSAF ? Je suis aguerri : oui, en théorie, je devrais vaincre cette épreuve.
Je tenterai une nouvelle progression demain. Je sais qu’il me faudra de nouveau parvenir à me connecter, mais fort de mes expériences passées, il est vrai je commence à maîtriser le geste. Je suis moins hésitant, je ne tape mon code d’accès désormais que moins de dix fois. Ensuite, si ça passe, nombre d’épreuves m’attendront encore : déposer le bon de commande, charger ma facture… C’est pourquoi il faut que j’entretienne ma forme, travaille le mental. Puis il y aura l’attente du règlement, vertigineuse, abyssale — mais c’est une perspective qui me paraît pour l’heure si lointaine. Il ne faut pas non plus s’illusionner. Rester humble. L’effort, l’espoir… Que ne faut-il pas faire pour écrire un jour son nom sur le fronton des « factures réglées » ? Méditez cela. Je vous aime et pense fort bien à vous. J’espère que mon sacrifice ne sera pas vain. Priez pour moi.