« C’est de l’eau », de David Foster Wallace… de l’eau tiède, en fait

J’aime beaucoup David Foster Wallace. Si je ne suis toujours pas parvenu à entrer et lire sa (géniale, mais illisible ?) Infinie comédie de plus de 1400 pages (je la reprendrai un jour…), ce que j’apprécie principalement de ses textes, dont certains aussi impressionnants que drôles, sont ceux du recueil Un truc soit disant super auquel on ne me reprendra pas.

J’ai découvert en fouinant dans la librairie de mes amis Anne et Patrick (La Belle Aventure avec un très bon fonds, qui vient d’ouvrir cette semaine à Dol-de-Bretagne, ville qui manquait pour le moins de librairie !) un texte de Foster Wallace dont j’ignorais l’existence : « C’est de l’eau« . Je l’ai acquis sans même le feuilleter, très confiant en l’auteur : éditions de l’Olivier, format poche, 9,50€. Nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Francis Kerline. OK, je prends les yeux fermés.

Voici le résume de l’éditeur : « C’est l’histoire de deux jeunes poissons qui nagent ensemble. Ils rencontrent un poisson plus vieux qui nage en sens inverse. Le vieux poisson leur fait un signe de tête et dit : « Salut, les gars. L’eau est bonne ? » Les deux jeunes poissons continuent à nager, puis, finalement, l’un d’eux regarde l’autre  et fait : « C’est quoi, l’eau ? » » Dans ce petit livre inspirant et étonnant, discours prononcé devant les étudiants du Kenyon College, David Foster Wallace explique deux ou trois choses qu’il sait – ou ne sait pas – de l’existence. Concentré d’humour, de sagesse et d’esprit, C’est de l’eau est le bréviaire idéal pour apprendre à vivre avec empathie. 

Et alors là, multiples consternations devant cet ouvrage qui semble pourtant être culte (et ce n’est vraiment pas faute de ma copine libraire !)  :
– Une mise en page foutage de gueule. Parfois une phrase par page, quelquefois quelques lignes : or, cela ne se justifie pas, parce que le sens ne s’y prête pas (les phrases ne méritant majoritairement pas de s’y arrêter à ce point). On sent l’exploitation un peu cynique du culte autour de l’auteur — comment je survends fond et forme un texte qui ne mérite pas qu’on monte à ce point la sauce, et tant pis si on abat des arbres et emplit de cartons des camions. Il faudrait calculer précisément, mais ce texte dure, mettons, 20 minutes grand max, c’est-à-dire 4 000 mots. Ça tient sur une plaquette.


– Le texte, qui ne mérite donc franchement pas un bouquin de 140 pages, n’est ni puissant, ni inspirant, ni concentré de rien… Je trouve que Foster Wallace, avec tout mon respect et mon admiration était bien plus inspiré d’ordinaire. Là, il tire à la ligne et est franchement creux, voire un peu abscons sur la fin, comme par maladresse (je n’accuserai certainement pas le traducteur). En gros, si j’ai bien compris le peu qu’il y a à comprendre de la pensée de Foster Wallace à ce moment-là, c’est qu’il faut choisir à quoi penser et rester collé au réel sans se parasiter la tête par des pensées et émotions sans intérêt, et enfin se mettre à la place des autres. Ouais, OK, David.  So what ? Comment les gens peuvent-ils se pâmer devant autant de portes ouvertes ? Snobisme ? Peur de passer pour stupide ?

– Enfin, sur la leçon de vie, « le bréviaire idéal pour apprendre à vivre avec empathie », comme écrit l’éditeur, on rira jaune (lire ci-dessous la page de gauche qui est une de celles de fin annonçant la conclusion si puissante qu’on n’osera pas qualifier par jeu de mot approprié et que pourront constater celles et ceux qui lisent le livre  « de fin en queue de poisson »)…. :

… David Foster Wallace « hospitalisé à plusieurs reprises pour ses tendances suicidaires doit suivre des cures de désintoxication à cause de ses addictions à la drogue et à l’alcool. Souffrant, selon son père, depuis plus de vingt ans d’un état dépressif qui s’était aggravé dans les derniers mois, il se suicide par pendaison le 12 septembre 2008 à l’âge de 46 ans » (Wikipédia).

Un peu de décence et de réflexion sur ce texte aurait simplement dû à mener, à mon sens, à la décision de ne jamais le texte ; de ne pas l’exploiter avec cynisme.

Bref, lisez plutôt :  Un truc soit disant super auquel on ne me reprendra pas.