
Auto-interview : mes intentions et ambitions lors de la rédaction de mon dernier roman « Les mots dits volatils »
Mon dernier roman, Les mots dits volatils vient de paraître. Il s’agit d’une satire de la condition du journalisme putaclics, entre autres, et surtout un propos sur la dévitalisation des mots, de la perte de sens générale de tout discours tels qu’il me semble les percevoir. Voici comment je le présente, avec en sus une auto interview en façon d’éléments de langage (dans l’auto édition, on s’auto interview ; ça devient onaniste ce truc, non ?) :
Présentation : Ces Mots dits volatils est une satire littéraire explorant la dévitalisation du langage dans notre société contemporaine. L’auteur dénonce l’infobésité, l’omniprésence de l’intelligence artificielle et la perte de sens des mots, transformés en une « pâte neutre » par les professionnels de la communication. Après ce livre, ils ne s’en remettront pas. Le terme « glossolyte » créé pour l’occasion désigne ainsi ceux qui participent à cette dissolution sémantique par nécessité ou par cynisme. Pour eux, cette parution augure que plus rien ne sera désormais pareil. L’ouvrage alterne entre narration romanesque et analyses pseudo-linguistiques, illustrant un monde saturé de discours vides servant de refuge face à la complexité du réel. Cette œuvre souligne l’épuisement d’une culture où la forme superficielle prime désormais sur la profondeur du message. C’est un cri d’alarme tiré de sonnette d’alerte poussée.
1 – Est-ce un bon roman ?
Je n’en sais strictement rien. Lorsque je l’ai terminé, un peu exalté comme chaque fois d’être parvenu au bout, je l’ai trouvé excellent dans son genre. Mais on ne peut certainement pas être juge et partie. À force de le relire pour le corriger, de le mettre en page, je ne sais plus du tout. J’ai maintenant un énorme doute, comme chaque fois. C’est peut-être une bouse, mais aveuglé, saturé, je ne peux savoir si c’est le cas. Ce seront donc les lectrices et lecteurs qui me le diront. Il est peut-être chiant, animé par un sujet pour le moins bizarre, sinon acrobatique. J’ai bien conscience de me prendre la tête sur des thèmes qui occupent peu de personnes.
2 – Pourquoi le sujet du langage, des mots, du small talk ?
Je ne supporte pas les conversations sans intérêt, c’est épidermique depuis l’enfance. J’en souffre au quotidien. Je préfère ne rien entendre, ne rien dire. Si cela ne m’apprend pas quelque chose, ne peut m’intéresser, si ce sont des banalités, c’est pour moi une horreur, d’un ennui sans fond. Or, dans le verbiage tous azimuts actuel l’inepte ou la bêtise me paraissent être devenus prédominants. C’est insupportable. C’est douloureux. Écrire, et donc coucher mes pensées sur ce point m’a fait beaucoup de bien, m’a défoulé. Si je n’ai pas de lectorat sur ce roman, tant pis — mon égo d’auteur a été satisfait par le passé —, voilà : ça c’est fait. Je vais pouvoir m’occuper à assouvir une autre de mes fixettes dans un prochain bouquin — (qui sera lu ou non. J’ai dépassé ça aussi).
3 – Quelle a été la motivation ?
J’ai voulu écrire : 1- D’abord un roman satirique, c’est mon genre de prédilection, puis 2- un roman « simple et léger » comme il s’en publie tant (je voulais savoir si je pouvais écrire ainsi plutôt que mes habitudes excessivement foisonnantes comme dans Au Lourd Délire des Lianes) : soit un simple personnage narrateur, des chapitres comme autant de tableaux qui s’enchaînent chronologiquement avec des lignes narratives pas forcément très poussées mais suffisantes. Une galerie de caractères… Cela me sert de mise en scène du propos qui me tenait à cœur.
4 – Quelle est l’inspiration ?
Mon passé lointain de journaliste pigiste (or, ça n’a dû/pu qu’empirer), mes lectures sur ce qui se passe dans la profession, mes observations et ce qui me frappe dans la société, ma documentation sur les ravages de l’IA, de l’intuition.
5 – Quels sont les travers assumés ?
Les passages didactiques sur la dévitalisation du langage, la catégorisation des professions soupçonnées d’en être responsables, « les glossolytes », le ressassement du personnage : je revendique, j’assume tout (comme dans Au Lourd Délire des Lianes). On me reproche souvent d’en faire trop, de ne pas couper. En revanche, chez des auteurs présentés ou dits, ou salués comme « littéraires », on trouve cela normal, et on les souffre. Pourquoi mon genre de littérature devrait-il, lui, être condamnable de mes choix qui sont affirmés afin de soutenir mon propos ? Si c’est trop long, lisez les passages en diagonale ou sautez-les. N’empêche que mes « longueurs » sont le cœur du projet. Ce roman est ce que j’aurai voulu lire ainsi sur ce sujet précis. C’est pourquoi il est ainsi. Un éditeur m’inciterait peut-être à ceci ou cela, mais il faudrait qu’il y ait un éditeur qui s’y intéresse. Aussi, je fais comme je l’entends. Si je ne suis pas libre de faire dans ces conditions ce que je veux, parce que ça me paraît être ainsi que cela doit être… alors à quoi bon ? C’est une question de liberté et d’affirmation de ma conviction, de mes désirs, de mes conceptions d’auteur.
6 – Pourquoi l’autoédition chez Le Niveau Baisse ?
J’ai envoyé mon texte à une vingtaine d’éditeurs ciblés susceptibles d’entendre mes propos, et qui désirent recevoir les manuscrits par courrier électronique (j’aurais besoin en fait d’une réédition à compte d’éditeur pour postuler à des résidences. C’était ma seule motivation de ces envois, sachant très bien que si je suis édité et supposément distribué en librairie, il n’est absolument pas garanti que j’en vende davantage qu’en auto édition. Faut être lucide).
Il a été refusé, soit clairement par mail, soit par absence de réponse au bout de 3-4 mois comme cela se pratique (pourtant un mail type de refus, ce ne serait pas grand chose à faire, et serait suffisant, mais passons). Je n’y croyais pas un instant, à cause du sujet peu consensuel, de la prise de tête, et de ma probable ringardisation… donc pas de déception.
En revanche je me suis aperçu au bout de 3 mois que j’avais envoyé un fichier non corrigé (non mais, quelle burne !) et s’ils l’ont ouvert, ça n’a pas dû arranger les choses. Bref, je l’ai re-re-re-repris, corrigé dix fois et mis en page du mieux que je pouvais avec l’outil Amazon KDP qui peut être aussi pratique qu’épouvantable (il y a parfois encore des espaces immenses en justification, des fissures, quelques veuves et orphelins que je n’ai pas réussi à éliminer malgré une bonne centaine de tentatives).
7 – Amazon ? C’est pas bien… !
Oui, c’est le mal. Mais ils ont mis la main sur l’autoédition et on n’y peut plus rien. Faut l’admettre. Ce sont les moins chers et les plus pratiques, notamment pour les envois par courrier car les tarifs postaux pour le livre sont scandaleusement élevés dans le pays des zarzélettres. J’en ai fait l’expérience avec mes deux ouvrages précédents. Ensuite, je ne m’encombre pas de stock (et donc aussi pas d’argent immobilisé). Ma littérature ne vaut pas que je verse dans le déraisonnable. Ce n’est qu’un livre de plus, et on n’en manque vraiment pas. Concernant l’aspect social abominable chez Amazon (et le côté fiscal) : votez mieux, soutenez les syndicats et les travailleurs, faites passer des lois, faites pression sur les gouvernements — et ne me faites pas chier. Lisez des livres, pas forcément les miens, soyez exigent-es et ne vous trompez pas d’ennemi.