
« Pasquinade » à propos du vote du budget — à afficher sur les statues fissurées de Sébastien Lecornu et d’Olivier Faure
Effaré par ce que je venais de lire sur le vote du budget… j’ai eu soudain envie de donner des éléments à ChatGPT+ 5.2 Thinking pour lui demander de me rédiger une pasquinade à propos de cette pantalonnade gouvernementale, du foutage de gueule général, et des pathétiques contorsions de Sébastien Lecornu et d’Olivier Faure.
(Le mot pasquinade désigne une satire courte, souvent anonyme, agressive, visant une personne ou un clan, héritée des placards qu’on accrochait à Rome sur le Pasquino, une statue fragmentaire. Elle peut être en vers et en prose à la fois > Voir sur Wikipédia l’origine de cette forme de texte satirique popularisée en France au XVIe siècle)
Voici le résultat… nickel :
Pasquinade du 49-3 au goût de regret (et de prime d’activité)
Affichée ce lundi 19 janvier 2026, à hauteur de regard,
entre deux fissures du marbre des statues de Sébastien Lecornu et d’Oliver Faure
On avait promis le vote,
on a servi la serrure.
On avait promis la parole,
on a choisi la procédure.
« Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », disait l’encre d’octobre.
Traduction de janvier, version Matignon:
« Le gouvernement proposera, vous débattrez, nous passerons. »
Le Premier ministre a répété sa formule comme on cloue une affiche sur du vent,
sept fois, pour que ça tienne,
sept fois, pour que ça sonne.
Et puis, quand vient le budget,
le même marteau tape sur un autre clou : 49-3.
Le vote, ce meuble encombrant, est remisé au grenier de la “méthode”.
Il dit : « j’ai des regrets ».
Il di t: « un peu d’amertume ».
Il dit : « j’avais fait un pari ».
Et l’on comprend soudain la vraie discipline nationale :
non pas tenir parole,
mais tenir… l’air de la tenir.
On nous explique que “les choses se sont gâtées depuis Noël”.
C’est vrai : depuis Noël, certains ont eu l’idée saugrenue de croire les phrases.
De les prendre au sérieux,
ces phrases qui servent d’ornements à la façade.
Or une façade n’aime pas qu’on s’y appuie : ça laisse des marques.
On accuse “sabotage”, “pression”, “raidissement”.
On dirait le bulletin météo d’un pouvoir qui se plaint du climat qu’il fabrique :
averses de contestation, rafales de motions,
et soudain, panique au parapluie constitutionnel.
Alors on a fait venir le Parti socialiste,
non pas comme un parti,
mais comme une clause.
Une petite pièce souple, de celles qu’on glisse dans la machine pour qu’elle ne se mette pas en sécurité.
Le PS, lui, avait posé sa condition, gonflée au souffle moral :
“pas de 49-3, sinon censure”.
C’était la barrière, la ligne, le serment, la posture droite.
Et puis, miracle français, la ligne est devenue courbe,
la barrière est devenue portillon,
et le serment s’est plié comme une serviette en papier sous une carafe.
On appelle ça “réalisme budgétaire”.
Moi j’appelle ça l’art du genou souple,
cette gymnastique fine qui permet de se renier sans bruit,
comme un chat qui descend d’un canapé interdit :
l’air digne, les moustaches intactes.
On a négocié.
Et l’on a vu tomber du plafond des petites récompenses,
des confettis de compromis : prime d’activité, bourses, MaPrimeRénov’,
repas étudiant à un euro, postes dans l’Éducation, bailleurs sociaux, tout un inventaire de consolation.
C’est touchant, ces cadeaux posés sur la table au moment même où l’on retire la table du débat.
La politique moderne ressemble à ces restaurants où l’on te sert l’addition avant le plat :
tu peux discuter la sauce, pas le fait de payer.
Tu peux demander du pain, pas demander pourquoi la porte de la cuisine est cadenassée.
Et voici le plus drôle, le plus acide, le plus romain :
il y en a un qui se renie en disant “regret”,
et l’autre qui applaudit en disant “responsabilité”.
Le premier piétine sa promesse avec gravité,
le second balaie sa condition avec une brosse à vocabulaire.
Hier, il fallait un abandon du 49-3 pour être “bienveillant”.
Aujourd’hui, le 49-3 est “la meilleure des procédures”.
Demain, on te dira que la démocratie, au fond, c’est surtout une question de contenu,
et que la manière…
la manière, c’est un luxe de poètes.
On entend déjà la morale, toute prête, toute lisse:
“les gens s’en fichent de la méthode”.
Peut-être.
Mais ce que j’observe, moi, sur la place,
c’est qu’on finit toujours par s’intéresser à la méthode
quand elle devient une habitude,
puis une règle,
puis une seconde nature,
puis une serrure qu’on appelle “stabilité”.
Lecornu dit: “pour tenir ma parole, il faudrait que je m’entête.”
Magnifique aveu.
Voilà la nouvelle grammaire:
tenir parole devient une forme d’entêtement,
et la contorsion devient une forme de sagesse.
Quant au PS, il a inventé une variante élégante de la loyauté :
la loyauté à soi, mais à dates variables.
Une loyauté en calendrier lunaire.
On ne se renie pas, non:
on reprogramme.
Et pendant ce temps-là,
les motions de censure arrivent comme des pierres dans une mare.
Elles ne feront peut-être pas tomber le gouvernement,
mais elles marqueront au moins la surface,
pour que les poissons puissent se souvenir qu’il existe encore des remous.
Épilogue, écrit au charbon sur le socle :
“Le gouvernement proposera,
nous débattrons,
vous voterez.”
Pardon.
“Le gouvernement proposera,
nous débattrons,
vous vous tairez.”
Non.
“Le gouvernement proposera,
nous débattrons,
et vous, vous apprendrez à appeler ça la paix.”
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Sources :
[Reuters] https://www.reuters.com/world/frances-government-postpones-budget-talks-tuesday-2026-01-16/
[Le Monde.fr] https://www.lemonde.fr/en/politics/article/2026/01/15/france-s-government-survives-no-confidence-votes-as-budget-deadlock-deepens_6749457_5.html
[Le Monde.fr] https://www.lemonde.fr/en/politics/article/2025/12/23/macron-presses-pm-lecornu-to-secure-a-budget-for-france_6748779_5.html
[Le Monde.fr] https://www.lemonde.fr/en/politics/article/2025/12/24/2026-budget-after-passing-an-stopgap-budget-bill-pm-lecornu-s-approach-faces-scrutiny_6748807_5.html
[Médiapart] https://www.mediapart.fr/journal/politique/190126/budget-2026-lecornu-et-le-ps-s-accordent-pour-pietiner-leurs-promesses