{"id":19920,"date":"2025-11-02T10:00:01","date_gmt":"2025-11-02T09:00:01","guid":{"rendered":"https:\/\/francis-mizio.net\/?p=19920"},"modified":"2026-04-11T10:57:06","modified_gmt":"2026-04-11T08:57:06","slug":"metiers-inconnus-noueuse-de-coins-de-mouchoirs-cholet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/2025\/11\/02\/metiers-inconnus-noueuse-de-coins-de-mouchoirs-cholet\/","title":{"rendered":"[M\u00e9tiers inconnus] Noueuse de coins de mouchoirs (Cholet)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>[Chronique parue dans le d\u00e9funt (et regrett\u00e9) web magazine Terri(s)toires le 5 d\u00e9cembre 2013. Pour obtenir le recueil imprim\u00e9 auto\u00e9dit\u00e9 (14 m\u00e9tiers inconnus),<a href=\"mailto:francismizio@wanadoo.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> \u00e9crivez-moi,<\/a> il m&rsquo;en reste une vingtaine (gratuit et d\u00e9dicac\u00e9 contre 5 \u20ac de frais d&rsquo;envoi).]<br \/>\n<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Noueuse de coins de mouchoirs (Cholet)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Cholet, terre de textile depuis le XVIIe si\u00e8cle, fut le lieu en 1903 d\u2019une \u00e9tonnante rivalit\u00e9 entre deux fabricants : \u00c9tienne Maret, inventeur et fabricant du fameux \u00ab mouchoir rouge de Cholet \u00bb, et son concurrent Gaston Ouvrard, qui cr\u00e9a pour la jeune Jeanne Payneau l\u2019unique et disparu m\u00e9tier de \u00ab noueuse de coins de mouchoirs \u00bb.<br \/>\n<\/em><\/strong><br \/>\n<em>(Image : Th\u00e9odore Botrel et ses demoiselles d\u2019honneur).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 29 avril 1900, le barde breton Th\u00e9odore Botrel chante pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019Orph\u00e9on de Cholet une chanson (que certains datent de 1898) qui \u00e9voque l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des guerres de Vend\u00e9e, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mouchoir_rouge_de_Cholet\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Le mouchoir rouge de Cholet.<\/em><\/a> Sous-titr\u00e9 <em>\u00ab 1793 \u00bb<\/em>, le chant \u00e9voque un fait r\u00e9el : l\u2019h\u00e9ro\u00efsme d\u2019<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Henri_de_La_Rochejaquelein\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Henri de la Rochejaquelein<\/a>, un des chefs de guerre bless\u00e9 lors de la bataille de Cholet le 17 octobre 1793. De la Rochejaquelein qui portait alors trois mouchoirs blancs (\u00e0 son chapeau, \u00e0 sa veste et au c\u00f4t\u00e9) pour \u00eatre reconnu de ses hommes, est bless\u00e9 par une balle r\u00e9publicaine. Un des mouchoirs blancs devient rouge. La chanson de Botrel qui a remplac\u00e9 dans son texte pour la rime de la Rochejaquelein par le g\u00e9n\u00e9ral Fran\u00e7ois-Athanase de Charette, a un refrain marquant : <em>\u00ab Ah ! qu\u2019ils \u00e9taient joliets\/Les mouchoirs rouges de Cholet \u00bb<\/em>. Rappelant les faits de gloire et la douleur des Vend\u00e9ens, la chanson conna\u00eet un immense succ\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-19924\" src=\"https:\/\/francis-mizio.net\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Mouchoir_de_Cholet.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/francis-mizio.net\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Mouchoir_de_Cholet.jpg 225w, https:\/\/francis-mizio.net\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Mouchoir_de_Cholet-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>L\u00e9on Maret, industriel dans le textile choletais, a l\u2019id\u00e9e de faire teindre des mouchoirs de lin en rouge (le sang vers\u00e9) et de les barrer de raies blanches (en souvenir des Vend\u00e9ens qui combattirent les Bleus r\u00e9publicains). Il les offre \u00e0 Botrel. Le succ\u00e8s de la chanson rejaillit imm\u00e9diatement sur l\u2019innovation de Maret. Le mouchoir rouge devient tr\u00e8s vite en France le symbole de la filature choletaise, voire de la ville elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Gaston Ouvrard, principal concurrent de Maret, le coup est dur. En 1902, ses affaires d\u00e9clinent. L\u2019ing\u00e9nieux Maret rafle en effet toutes les commandes de mouchoirs qui affluent de la France enti\u00e8re. Le mouchoir blanc ray\u00e9 de bleu traditionnel qu\u2019Ouvrard fabriquait ne se vend plus. Or, c\u2019est un industriel ambitieux, d\u2019un caract\u00e8re teigneux. Il devient obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de profiter de l\u2019engouement pour le mouchoir rouge de Cholet, mais voil\u00e0\u00a0: comment se distinguer de la formidable id\u00e9e de Maret\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La premi\u00e8re noueuse<\/strong><br \/>\nOuvrard, \u00e0 la recherche d\u2019un produit original, tente dans un premier temps de lancer des mod\u00e8les de mouchoirs ronds, puis d\u2019autres triangulaires, mais ces nouveaut\u00e9s ne prennent pas. \u00c9mile Fray, un critique textilistique de\u00a0<em>La Gazette du Chanvre et du Lin<\/em>\u00a0estime que\u00a0<em>\u00ab le mouchoir carr\u00e9 traditionnel a pourtant fait ses preuves ! On ne comprend pas ce qu\u2019il y a de n\u00e9cessaire \u00e0 en changer la forme. Les propositions de la maison Ouvrard ne convaincquent pas, voire en laissent plein les doigts si on souffle trop fort \u00bb<\/em>. Ouvrard fulmine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le hasard, en janvier 1903, qui lui offrira l\u2019occasion lors d\u2019une visite de routine dans ses ateliers\u00a0: il surprend une de ses brodeuses d\u2019ourlet, Jeanne Payneau, sortant un carr\u00e9 blanc et bleu de sa robe, non pas pour se moucher, mais pour en nouer deux coins. Il l\u2019interroge\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0C\u2019est pour pas oublier d\u2019 faire des croquignolles\u00a0[beignets]\u00a0et de la bijane\u00a0[soupe]\u00a0la tant\u00f4t aux queniaux\u00a0[enfants]\u00a0pour pas q\u2019y pignent\u00a0[chouinent] \u00bb<\/em>, r\u00e9pond-elle en patois angevin, intimid\u00e9e par son patron.\u00a0<em>\u00ab J\u2019ai pas l\u2019souaton [rhume] \u00e0 c\u2019t\u2019heure, j\u2019as m\u2019sert du mouchoir pour l\u2019garder mes id\u00e9es \u00bb <\/em>(1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gaston Ouvrard a une subite inspiration\u00a0: il va proposer des mouchoirs d\u00e9j\u00e0 nou\u00e9s\u00a0; des mouchoirs pr\u00eats afin que les gens puissent se souvenir rapidement des choses qu\u2019ils auraient \u00e0 accomplir. Il d\u00e9cide donc de vendre des mouchoirs nou\u00e9s \u00e0 un seul coin, d\u2019autres \u00e0 deux, trois ou quatre coins. Enthousiaste, il propose \u00e0 Jeanne Payneau de quitter son poste pour devenir\u00a0noueuse de coins de mouchoirs, et, grand seigneur, l\u2019augmente de deux francs. Jeanne Payneau se retrouve mut\u00e9e dans un espace de la fabrique, am\u00e9nag\u00e9 pour elle parmi plusieurs tonnes de mouchoirs carr\u00e9s et le stock des triangulaires invendus. Elle doit les nouer.<em>\u00a0\u00ab\u00a0 J\u2019avions pourtant cru que le patron berlaudait\u00a0[plaisantait]\u00a0<\/em>\u00bb, confie-t-elle, quelque peu inqui\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Cholet, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nOuvrard s\u2019attelle \u00e0 sa vision cens\u00e9e d\u00e9tr\u00f4ner les irritants mouchoirs rouge et blanc de Maret\u00a0: il ach\u00e8te une page de publicit\u00e9 dans<em> La Gazette du Chanvre et du Lin<\/em>\u00a0(<em>\u00ab\u00a0\u00c0\u00a0vue de nez, vous n\u2019oublierez plus rien\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, clame le slogan) et invite le critique \u00c9mile Fray \u00e0 un copieux repas arros\u00e9 d\u2019un quart de chaume suivi d\u2019un bonnezeaux et d\u2019un savenni\u00e8res. Ouvrard explique qu\u2019il faut d\u00e9sormais proposer des produits tout pr\u00eats au consommateur\u00a0:<em>\u00a0\u00ab\u00a0Nous entrons ainsi dans le commerce moderne\u00a0!\u00a0Cholet, c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, clame-t-il. \u00c9mile Fray, \u00e9moustill\u00e9 en sortant de table, r\u00e9dige une page dithyrambique sur les mouchoirs nou\u00e9s d\u2019Ouvrard. Elle para\u00eet la semaine suivante\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Nouvelle r\u00e9volution\u00a0\u00e0 Cholet\u00a0: La maison Ouvrard ne se mouche pas du coude\u00a0!\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/em><br \/>\nL\u2019affaire est lanc\u00e9e et la nouveaut\u00e9 port\u00e9e par la r\u00e9putation des filatures, contre toute attente, est bien accueillie. Un engouement s\u2019amorce.\u00a0<em>Le Bon march\u00e9<\/em>,\u00a0\u00e0 Paris, monte un rayon entier pour accueillir cette\u00a0<em>\u00ab\u00a0folie choletaise\u00a0\u00bb<\/em> et commande \u00e0 Alphonse Mucha, dessinateur du\u00a0Petit Fran\u00e7ais illustr\u00e9,\u00a0une r\u00e9clame d\u00e9di\u00e9e (Mucha glissera d\u2019ailleurs plus tard un mouchoir nou\u00e9 en bas \u00e0 gauche de son affiche pour\u00a0<em>Le Chocolat id\u00e9al<\/em>). La presse de mode, amus\u00e9e, relaie\u00a0; les cocottes parisiennes s\u2019entichent de l\u2019innovation, trouvant dr\u00f4le de montrer ostensiblement qu\u2019elles n\u2019ont pas de cervelle. Tr\u00e8s vite, le Tout-Paris veut son mouchoir d\u00e9j\u00e0 nou\u00e9\u00a0<em>\u00ab\u00a0\u00e0 la main, et selon les m\u00e9thodes traditionnelles de l\u2019Anjou\u00a0\u00bb<\/em>.\u00a0Il devient bien vu chez les hommes d\u2019avoir les poches de veste et pantalons bourr\u00e9es de boules noueuses, t\u00e9moignant de l\u2019abondance de leurs t\u00e2ches et responsabilit\u00e9s. Merceries et magasins pour dames sont d\u00e9valis\u00e9s de leurs stocks de mouchoirs nou\u00e9s. Ouvrard exulte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9ritante Jeanne Payneau voit avec effroi se r\u00e9duire l\u2019espace de son atelier, toujours plus encercl\u00e9e de piles de caisses de mouchoirs \u00e0 nouer. Elle demande de l\u2019aide qu\u2019Ouvrard lui refuse tant que, estime-t-il, les b\u00e9n\u00e9fices sur les nouveaux mouchoirs ne sont pas encaiss\u00e9s.\u00a0<em>\u00ab\u00a0J\u2019vas pas m\u2019en d\u00e9patouiller\u00a0\u00bb<\/em>, confie-t-elle, d\u00e9prim\u00e9e, en voyant ses cadences augmenter. <em>\u00ab\u00a0J\u2019n\u2019en n\u2019ai les dou\u00e9s\u00a0[doigts]\u00a0qu\u2019en saignent presq\u2019. Pu l\u2019temps d\u2019tailler une bavette\u00a0[discuter]\u00a0ou de faire une marienne\u00a0[sieste].\u00a0J\u2019vas foleill\u00a0[devenir folle]\u00a0\u00bb<\/em>, se plaint-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019\u00e9cueil Dupuy<\/strong><br \/>\nOuvrard, qui a eu vent d\u2019une col\u00e8re de Maret constatant un infl\u00e9chissement des ventes de ses mouchoirs rouge et blanc, est si convaincu de son g\u00e9nie qu\u2019il perd pied et investit \u00e0 outrance. Abandonnant son atelier de draps et ses classiques mouchoirs non nou\u00e9s, il mise tout sur son invention et y consacre tout son stock de tissus. Il se lance jusqu\u2019\u00e0 la fabrication de mouchoirs octogonaux, <em>\u00ab\u00a0les hebdo amnesia\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0et de dod\u00e9cagoniques<em>\u00a0\u00ab\u00a0les annualo-amnesia\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0d\u00e9j\u00e0 nou\u00e9s, et lorgne sur ses traites pour savoir s\u2019il va pouvoir bient\u00f4t embaucher d\u2019autres noueuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9las, une tribune para\u00eet dans\u00a0<em>Le Petit Parisien<\/em>\u00a0le 14 octobre 1903. Avec ses 1 100 000 exemplaires en moyenne, et malgr\u00e9 ses six pages, l\u2019influence du journal est impressionnante. Sign\u00e9 par Pierre Dupuy lui-m\u00eame (fils du propri\u00e9taire du journal et alors benjamin, \u00e0 26 ans, de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s) et sans doute motiv\u00e9 par une rivalit\u00e9 avec un \u00e9lu de la droite angevine, l\u2019article titre de fa\u00e7on disproportionn\u00e9e\u00a0:\u00a0<em>\u00ab Mouchoirs nou\u00e9s : le niveau baisse dans ce pays ! \u00bb. <\/em>Pour cet homme empreint de valeurs de gauche, la mode montante<em>\u00a0\u00ab\u00a0futile, d\u00e9raisonnable et indigne\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>du\u00a0<em>\u00ab\u00a0mouchoir nou\u00e9 par des ouvri\u00e8res du textile sous-pay\u00e9es, exploit\u00e9es dans d\u2019inf\u00e2mes conditions de travail, d\u2019hygi\u00e8ne, de morale et de vertu\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0est un signe de\u00a0<em>\u00ab\u00a0l\u2019ab\u00eatissement moderne : aurait-on besoin d\u00e9sormais d\u2019aide pour se rem\u00e9morer quoi que ce soit\u00a0? O\u00f9 en sont nos m\u00e9thodes d\u2019enseignement\u00a0?\u00a0O\u00f9 est l\u2019h\u00e9ritage de Jules Ferry\u00a0? Apprendra-t-on bient\u00f4t nos chefs-lieux de d\u00e9partement et nos tables de multiplication en nouant des draps\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>. Et de rappeler que, chez les\u00a0<em>\u00ab\u00a0Grecs illustres\u00a0\u00bb<\/em>,\u00a0toute une pratique de la mn\u00e9motechnie \u00e9tait en usage\u00a0<em>\u00ab\u00a0jusque dans les bas-fonds\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0:\u00a0\u00ab<em>\u00a0Mn\u00e9mosyne \u00e9tait la m\u00e8re des muses\u00a0! O\u00f9 est l\u2019Art de la m\u00e9moire dont parla Cic\u00e9ron dans\u00a0<\/em>De oratore<em>\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>.\u00a0Dupuy estime que cette science perdue, remplac\u00e9e au fil des si\u00e8cles par les techniques d\u2019\u00e9criture puis d\u2019impression du savoir, \u00e9tait pourtant une fiert\u00e9 de l\u2019esprit humain. Il conclut que<em> \u00ab\u00a0les mouchoirs d\u2019Ouvrard, en dissuadant nos concitoyens de faire effort de m\u00e9moire, concourent \u00e0 une d\u00e9cadence de la Nation.\u00a0C\u2019est le retour de la pl\u00e8be sans t\u00eate\u00a0; tout le contraire de nos id\u00e9aux de progr\u00e8s. Oui, le mouchoir nou\u00e9, c\u2019est crasse. Oui, c\u2019est morveux\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Malheureux d\u00e9nouement(s)<\/strong><br \/>\nOuvrard est effondr\u00e9. Les caisses de mouchoirs nou\u00e9s lui reviennent des quatre coins de France sous des pr\u00e9textes fallacieux : <em>\u00ab J\u2019ai oubli\u00e9 pourquoi j\u2019ai command\u00e9 vos mouchoirs \u00bb<\/em> ; <em>\u00ab Les clients se plaignent que le n\u0153ud d\u00e9fait, cela ne sert plus qu\u2019\u00e0 se moucher \u00bb<\/em> ou encore <em>\u00ab Il y a trop de n\u0153uds tout pr\u00eats, on ne sait plus \u00e0 quoi cela correspond \u00bb<\/em>&#8230; Jeanne Payneau est alors submerg\u00e9e de cartons de mouchoirs \u00e0 d\u00e9nouer. <em>\u00ab Et d\u00e9patouiller les n\u0153uds serr\u00e9s, bajour&#8230; \u00bb<br \/>\n<\/em><br \/>\nOuvrard, accabl\u00e9, engage des repasseuses de mouchoirs d\u00e9nou\u00e9s et tente de se reconstruire une image positive, afin d\u2019\u00e9couler ses stocks de mouchoirs blancs sans n\u0153ud, mais c\u2019est trop tard. Il parviendra toutefois \u00e0 s\u2019en tirer en vendant avec amertume sa fabrique \u00e0 \u00c9tienne Maret, puis en vivotant plus tard d\u2019une activit\u00e9 d\u2019imprimerie de pense-b\u00eate. Quant \u00e0 la pauvre Jeanne, premi\u00e8re et unique noueuse professionnelle de coins de mouchoir, retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat de faiseuse d\u2019ourlet, et perdant ses deux francs de gratification, elle n\u2019eut que les yeux pour baner [pleurnicher], mais certes du stock pour se moucher.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">1 &#8211; Sur le parler d\u2019Anjou\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/patois.chez-alice.fr\/histoire.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/patois.chez-alice.fr\/histoire.htm<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Chronique parue dans le d\u00e9funt (et regrett\u00e9) web magazine Terri(s)toires le 5 d\u00e9cembre 2013. 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