{"id":5548,"date":"2025-07-24T10:00:57","date_gmt":"2025-07-24T08:00:57","guid":{"rendered":"https:\/\/francis-mizio.net\/?p=5548"},"modified":"2026-04-11T10:57:07","modified_gmt":"2026-04-11T08:57:07","slug":"des-livres-et-moi-une-nouvelle-inedite-de-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/2025\/07\/24\/des-livres-et-moi-une-nouvelle-inedite-de-2023\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Des livres et moi\u00a0\u00bb, une nouvelle in\u00e9dite de 2023"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #800000;\"><em>Je viens de retrouver sur mon ordinateur cette nouvelle (non humoristique et plut\u00f4t bizarre), \u00e9crite le 7 f\u00e9vrier 2023, jamais publi\u00e9e, et que j&rsquo;avais oubli\u00e9e. La voici pour archivage.<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800000;\"><strong>DES LIVRES ET MOI<br \/>\n<\/strong><\/span><br \/>\nJ\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 faire tenir deux m\u00e8tres cube environ de livres encartonn\u00e9s dans ma voiture qui s\u2019est quelque peu affaiss\u00e9e sous la charge, et je suis rentr\u00e9 chez moi, \u00e0 Nantes. Six cent kilom\u00e8tres avec les suspensions qui souffraient et une tenue de route incertaine. Mon p\u00e8re m\u2019avait demand\u00e9 avant le d\u00e9part\u00a0: \u2018Tu veux vraiment r\u00e9cup\u00e9rer\u00a0tous ces livres ?\u00a0Tu as la place pour garder cela\u00a0?\u00a0\u00bb. Il a ajout\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0 Toi et tes foutus bouquins. Cette obsession de les r\u00e9cup\u00e9rer m\u00eame si \u00e7a doit t\u2019encombrer. C\u2019est un truc de fou\u00a0\u00bb. J\u2019ai hauss\u00e9 les \u00e9paules. Je lui ai expliqu\u00e9 pourquoi il me fallait de toute fa\u00e7on les reprendre. Je me sers d\u2019extraits de romans pour mes s\u00e9ances d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture, et j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9 les ressources int\u00e9ressantes qui se trouvent dans ceux de mon appartement. Il a soupir\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 rapatri\u00e9 environ six m\u00e8tres cube ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en trois fois. Il en reste actuellement environ deux-trois m\u00e8tres cube. Je ne sais m\u00eame plus ce qu\u2019il y a dedans. Cela fait six ans maintenant qu\u2019ils sont empil\u00e9s en cartons sur des palettes afin qu\u2019ils ne prennent l\u2019humidit\u00e9 dans le sous sol du pavillon de mes parents. Il y a tr\u00e8s longtemps, j\u2019avais imagin\u00e9 qu\u2019en cas de revers de fortune je pourrais toujours monter une bouquinerie. J\u2019ai de quoi alimenter un fonds honn\u00eate. Mais ce projet en une vingtaine ann\u00e9es est devenu intenable : les livres se vendent d\u00e9sormais au poids, et m\u00eame de cette fa\u00e7on les gens n\u2019en ach\u00e8tent gu\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant tout le retour, sur l\u2019autoroute puis la route nationale battues par la pluie, l\u2019eau vaporis\u00e9e par les camions, j\u2019ai crains l\u2019accident. La voiture tenait vraiment moins bien la route, et mes pneus n\u2019\u00e9taient sans doute pas assez gonfl\u00e9s. Tout en \u00e9coutant une \u00e9mission litt\u00e9raire \u00e0 la radio qui m\u2019incitait \u00e0 lire davantage, \u00e0 acqu\u00e9rir d\u2019autres livres, je me suis \u00e0 un moment vu dans un long flash, les bras en croix dans un pr\u00e9, aupr\u00e8s de ma voiture caboss\u00e9e, \u00e9ventr\u00e9e, retourn\u00e9e, porti\u00e8res ouvertes. Aux alentours, \u00e0 la suite des tonneaux effectu\u00e9s, les cartons avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s du coffre, de la banquette arri\u00e8re et avaient explos\u00e9 sous leur chute. Des jets de livres avaient coloris\u00e9 la prairie de leurs couvertures chamarr\u00e9es. Des pages arrach\u00e9es volaient autour de mon corps \u00e9vanoui avant de se muer sous l\u2019effet de la pluie en une p\u00e2te gluante. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 assomm\u00e9 par un carton et les rebonds de la voiture durant l\u2019accident avant d\u2019\u00eatre projet\u00e9 par la porti\u00e8re. Je voyais clairement la sc\u00e8ne, avec cette acuit\u00e9 de d\u00e9tails dans l\u2019imaginaire qui a pu faire de moi un honn\u00eate romancier : ma t\u00eate reposait sur un ouvrage dont le titre semblait curieusement \u00eatre en italien. Le sang d\u00e9lav\u00e9 par la pluie, coulant de ma chevelure macul\u00e9e en impr\u00e9gnait les pages. Des v\u00e9hicules s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s en catastrophe sur le bord de la route et des hommes sautaient le foss\u00e9 pour venir me secourir. Vu d\u2019en haut, la sc\u00e8ne \u00e9tait \u00e9trange\u00a0: je n\u2019entendais aucun son. Il y avait ce vert sombre de la prairie, la tache de ma voiture retourn\u00e9e, le rouge de mon pull, les couvertures color\u00e9es, les pages blanches \u00e9parses. Cela devenait comme un r\u00eave brumeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un camion se rabattit brusquement devant moi dans un nuage de gouttelettes, et je sursautai, cramponn\u00e9 au volant. De crainte que la somnolence ne me gagne, je pris un caf\u00e9 dans la premi\u00e8re station-service, puis repris ma route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s mon trajet interminable en proie \u00e0 des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques infernales, J\u2019ai gar\u00e9 la voiture le plus pr\u00e8s possible de la sortie pour pi\u00e9ton du parking situ\u00e9 au sous-sol de mon immeuble, et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9charger les cartons, puis \u00e0 d\u00e9placer les piles d\u2019\u00e9tapes en \u00e9tapes dans l\u2019escalier, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ascenseur. Je commence \u00e0 \u00eatre \u00e2g\u00e9, je ne fais pas de sport, aussi je suis moins vigoureux que lors des pr\u00e9c\u00e9dentes et nombreuses fois o\u00f9 j\u2019ai d\u00fb d\u00e9m\u00e9nager la masse de livres qui me suit depuis toujours et ne cesse de s\u2019accro\u00eetre. Parvenu au 9e \u00e9tage, je les ai accumul\u00e9 sur le palier de mon appartement. Alors ensuite, un par un, j\u2019ai entr\u00e9 les cartons dans le salon, les ai vid\u00e9 et ai tri\u00e9 leur contenu. Je m\u2019arr\u00eatai de temps \u00e0 autre pour boire un caf\u00e9 ou fumer une cigarette en regardant les piles monstrueuses qui augmentaient \u00e0 chaque carton vid\u00e9, examinant les murs et places encore disponibles dans l\u2019appartement, jaugeant la robustesse des \u00e9tag\u00e8res d\u00e9j\u00e0 surcharg\u00e9es. Derri\u00e8re la baie vitr\u00e9e, la pluie ne cessait de d\u00e9ferler, et dans le rideau de brume, au loin sur les immeubles, je gardai cette image r\u00e9manente de ma voiture, sur le toit, avec les roues qui tournaient encore, et tous ces livres qui se transformaient en bouillie d\u00e9tremp\u00e9e sur l\u2019herbe sombre. Je songeais \u00e9galement que 90% de ces livres ne m\u00e9ritent pas d\u2019\u00eatre gard\u00e9s. Qu\u2019il faudra bien un jour que je me d\u00e9barrasse d\u2019une bonne partie d\u2019entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant le d\u00e9ballage, l\u2019impression fut \u00e9trange. Je retrouvais des livres intouch\u00e9s depuis des ann\u00e9es avec le sentiment de les avoir consult\u00e9 la veille. Certains m\u2019ont rappel\u00e9 des moments particuliers de mon existence, des femmes, des amis, des lieux. Je retrouvai des livres oubli\u00e9s. Je d\u00e9couvrais avec surprise que je poss\u00e9dais celui-ci, celui-l\u00e0. Je ressenti de la joie \u00e0 savoir dans mon entourage un ouvrage particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9. Je m\u2019apercevais que j\u2019en avais rachet\u00e9s, oubliant qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9s chez mes parents. D\u2019autres romans ne me disaient rien du tout, d\u2019autres encore avaient \u00e9t\u00e9 effac\u00e9s de ma m\u00e9moire, alors qu\u2019on avait parl\u00e9 d\u2019eux \u00e0 l\u2019\u00e9poque de leur parution comme de probables chef d\u2019\u0153uvre intemporels en devenir\u2026 Un bon tiers des ouvrages que je venais de ramener n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 lu. Je tombai aussi avec surprise sur un livre qui m\u2019avait marqu\u00e9 adolescent et qui avait \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e au cin\u00e9ma\u00a0par Claude Sautet : Les choses de la vie, de Paul Guimard, qui fut d\u2019ailleurs nantais comme je le suis actuellement. La co\u00efncidence me fit sourire car il me renvoya \u00e0 ma vision sur l\u2019autoroute\u00a0: ce roman magnifique raconte tout ce qu\u2019on voit d\u00e9filer de sa vie en quelques secondes, lors d\u2019un accident. Je me souviens nettement des images de Claude Sautet\u00a0: la voiture qui fait des tonneaux au ralenti. Michel Piccoli, l\u2019acteur, pris \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son v\u00e9hicule qui tourne sur lui-m\u00eame, des papiers et des objets qui l\u2019entourent comme en l\u00e9vitation\u00a0; Piccoli qui voit alors sa vie passer devant ses yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Souvent, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 troubl\u00e9 ainsi, par les co\u00efncidences, ces hasards troublants, les moments o\u00f9 la fiction et la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019entrem\u00ealent. Je pla\u00e7ai Les Choses de la vie bien en vue sur une \u00e9tag\u00e8re en me promettant de le relire et de r\u00e9fl\u00e9chir s\u2019il ne m\u2019avait pas influenc\u00e9 bien plus que je ne pourrais me douter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parvenu au milieu des deux m\u00e8tres cube de cette sorte de plong\u00e9e partielle dans mon pass\u00e9, alors que le salon, le canap\u00e9, la table dans le jour d\u00e9clinant \u00e9taient d\u00e9sormais envahis de piles instables, j\u2019ai enfin ouvert le dernier carton. Voici plusieurs heures que je triais, pla\u00e7ais, d\u00e9pla\u00e7ais ces livres comme tant d\u2019autres fois dans ma vie. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu exactement ces semblables moments d\u00e9j\u00e0 de si nombreuses de fois, avec les m\u00eames livres et la m\u00eame interrogation\u00a0: comment les classer\u00a0? Je r\u00e9alisai que c\u2019\u00e9tait sans doute que la plupart de ces livres repr\u00e9sentaient ce que j\u2019avais de mieux c\u00f4t\u00e9 choses mat\u00e9rielles, et pourtant ils ne valaient plus rien, et peut-\u00eatre, paradoxalement m\u00eame plus pour moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier carton contenait une ultime surprise : tout un stock de livres en langue \u00e9trang\u00e8re (des ouvrages en chinois de remarquable facture, offerts par des auteurs de P\u00e9kin, de Hainan, du Shandong mais dont j\u2019ignorais la teneur), des exemplaires d\u2019une revue litt\u00e9raire hongkongaise dans laquelle quelques unes de mes interventions \u00e0 un colloque avaient \u00e9t\u00e9 traduites, certains de mes romans traduits en chinois encore, et puis tout un lot de recueils de nouvelles hollandais et italiens, des collectifs fran\u00e7ais dont j\u2019avais oubli\u00e9 l\u2019existence et le fait m\u00eame que j\u2019y ai particip\u00e9\u00a0; chose courante chez moi. Il m\u2019arrive en effet de tomber sur des articles qui pourtant avaient d\u00fb repr\u00e9senter beaucoup d\u2019investissement en \u00e9criture de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je fus journaliste, ou encore des nouvelles dans des revues d\u00e9fraichies, ou encore des fichiers sur mon ordinateur que je lis sans en avoir le moindre souvenir, r\u00e9alisant apr\u00e8s coup et avec stup\u00e9faction que j\u2019en suis certainement l\u2019auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain au fond du carton, j\u2019empoignai le dernier livre. C\u2019\u00e9tait encore un exemplaire d\u2019auteur d\u2019un recueil collectif intitul\u00e9 <em>Napoli racconta<\/em>. Celui-ci \u00e9tait \u00e9dit\u00e9 en italien par l\u2019Universit\u00e9 de Naples. Ne me souvenant pas de lui, je le feuilletai avec curiosit\u00e9 et y d\u00e9couvris avec \u00e9tonnement, ce qui \u00e9tait semble-t-il une de mes contributions\u00a0intitul\u00e9e Dei libri e me. Pour ce que je parvenais \u00e0 en comprendre dans les premi\u00e8res lignes, par intuition car ne lisant pas l\u2019italien et en convoquant mes improbables restes de latin, j\u2019avais \u00e9crit que je venais de bourrer ma voiture de cartons de livres, avant de rentrer chez moi en voiture, sous la pluie. Je me demandais bien quelles id\u00e9es j\u2019avais pu d\u00e9velopper dans ce texte. Il semblait au d\u00e9but y \u00eatre aussi question de mon p\u00e8re. H\u00e9las, une fois de plus, je n\u2019avais strictement aucun souvenir d\u2019avoir r\u00e9dig\u00e9 ce texte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je le posai sur la table sans plus y penser, et commen\u00e7ai \u00e0 r\u00e9partir mes piles sur les \u00e9tag\u00e8res. Je me fis la r\u00e9flexion que cette obsession des livres, et de leur rangement, m\u2019aura tout de m\u00eame pris bien des heures dans l\u2019existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis fils d\u2019ouvrier qui ne lisent pas. Mes parents savent \u00e0 peine ce que j\u2019ai fait, ou je fais dans la vie. Je crois qu\u2019ils n\u2019ont jamais lu mes ouvrages \u2013d\u2019ailleurs j\u2019ai cess\u00e9 de leur donner des exemplaires ou de leur en parler ; il y a toujours comme une g\u00eane sur ce sujet \u2013de ma part, comme de la leur.<br \/>\nLorsque j\u2019\u00e9tais enfant je lisais sans discontinuer. J\u2019en ai m\u00eame fait un \u00e9pisode de surmenage vers mes treize ans apr\u00e8s m\u2019\u00eatre enfil\u00e9 sans discontinuer les trois tomes en poche des Mis\u00e9rables de Victor Hugo, puis sa L\u00e9gende des Si\u00e8cles. Le m\u00e9decin m\u2019a alors interdit de lire durant trois semaines. Ce fut un cauchemar \u00e9pouvantable car l\u2019incommensurable ennui me gagna durant toute la p\u00e9riode de sevrage. A cet \u00e2ge, je me coltinais des kilom\u00e8tres \u00e0 v\u00e9lo pour aller au bibliobus, \u00e0 la biblioth\u00e8que. Je buvais les conseils du biblioth\u00e9caire. Je repartais avec des sacs pleins. C\u2019est \u00e0 la p\u00e9riode \u00e0 laquelle je commen\u00e7ais \u00e0 \u00e9crire des nouvelles en cachette dans un cahier au lieu de faire mes devoirs. Des auteurs m\u2019avaient agac\u00e9\u00a0car je me sentais pr\u00e9tentieusement capable de faire au moins aussi bien qu\u2019eux. Plus tard, j\u2019entrepris dans la biblioth\u00e8que municipale de la ville de mes grands-parents o\u00f9 je v\u00e9cu quelque temps de lire les auteurs par ordre alphab\u00e9tique. Je rep\u00e9rai une armoire o\u00f9 \u00e9taient entrepos\u00e9s en vrac des livres de poche vieillots et non r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s par l\u2019\u00e9tablissement \u2014sans doute des donations faite \u00e0 la biblioth\u00e8que\u2014 et je les volais tous petit \u00e0 petit durant plusieurs semaines en remplissant mon cartable \u00e0 chacune de mes visites. Quarante ans apr\u00e8s, je les ai toujours. C\u2019est je crois que c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 vraiment accumuler des livres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une brouille avec mon p\u00e8re m\u2019ayant interdit l\u2019acc\u00e8s aux \u00e9tudes, et je dus aller travailler en usine apr\u00e8s mon baccalaur\u00e9at. J\u2019\u00e9touffai ma ranc\u0153ur dans la lecture compulsive, l\u2019accumulation de livres et l\u2019\u00e9criture de nouvelles. Je jaugeai t\u00f4t les gens \u00e0 ce qu\u2019ils lisaient, et si j\u2019allais chez qui que ce soit, je ne repartais pas sans avoir explor\u00e9 la biblioth\u00e8que. Dans mon premier appartement de c\u00e9libataire, je n\u2019avais qu\u2019une envie\u00a0: combler tous les murs, faire des piles dans tous les coins, en ayant bien s\u00fbr tout lu. Cette carapace de livres \u00e9tait devenue ma protection\u00a0; c\u2019\u00e9tait une armure pour vaincre mes d\u00e9mons. C\u2019\u00e9tait une partie de moi\u00a0; voire c\u2019\u00e9tait mon identit\u00e9 douloureuse. Celle de la honte que j\u2019\u00e9prouvais d\u2019\u00eatre de ma classe sociale et d\u2019\u00eatre, si je ne r\u00e9agissais pas, d\u2019\u00eatre contraint d\u2019y rester \u00e0 jamais. Ces livres \u00e9taient mon bouclier contre les soup\u00e7ons d\u2019inculture qu\u2019on aurait pu me porter puisque je n\u2019avais pas fait d\u2019\u00e9tudes et me retrouvai en usine. Ces livres mat\u00e9rialisaient ma d\u00e9sormais ambition d\u2019autodidacte contraint. Cette masse de livres \u00e9tait la repr\u00e9sentation de ce que j\u2019\u00e9tais ou plut\u00f4t pensais \u00eatre. En regardant les \u00e9tag\u00e8res, on pouvait deviner que j\u2019\u00e9tais autre chose qu\u2019un pauvre type sans \u00e9tudes, aux origines prol\u00e9taires. Ma biblioth\u00e8que c\u2019est moi, aurais-je pu clamer en paraphrasant Flaubert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque mon hobby consista \u00e0 participer dix ans plus tard de fa\u00e7on fr\u00e9n\u00e9tique \u00e0 des concours de nouvelles, mon sympt\u00f4me s\u2019est aggrav\u00e9. Je gagnais des lots de livres. J\u2019achetais des livres par dizaines d\u2019un coup, et les lisais \u00e0 la suite. J\u2019eus une p\u00e9riode o\u00f9 j\u2019avais lu tout ce dont on parlait, et en sus, me mettais autant que possible \u00e0 jour de ce qu\u2019il me fallait absolument conna\u00eetre d\u2019ant\u00e9rieur ou de classique. Je me souviens alors que j\u2019avais pr\u00e8s de vingt cinq avoir vu une petite annonce pour un emploi en Australie. L\u2019id\u00e9e de fuir la France me s\u00e9duisait, mais j\u2019abandonnai aussit\u00f4t l\u2019id\u00e9e parce qu\u2019il aurait fallu m\u2019\u00e9loigner de mes livres ou alors que le co\u00fbt d\u2019un container \u00e9tait inenvisageable, \u2014et puis se seraient-ils conserv\u00e9s sous ces climats\u00a0? Leur valeur justifiait-elle la d\u00e9pense \u00e9norme du transport\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 30 ans il m\u2019\u00e9tait alors inimaginable de vivre sans mes livres. Je me souviens d\u2019un coll\u00e8gue de bureau qui m\u2019offrit Les b\u00e9b\u00e9s de la consigne automatique\u00a0 de Murakami, tout simplement car il ne gardait jamais un livre apr\u00e8s l\u2019avoir lu, et parce qu\u2019il estimait toujours pouvoir le retrouver. J\u2019en fus stup\u00e9fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A chacun des livres que je reclasse, que je d\u00e9place, les souvenirs affluent. Il me semble face aux biblioth\u00e8ques de mon appartement nantais \u00eatre pris dans un tourbillon, chamboul\u00e9 au milieu d\u2019eux. Certains me percutent, me heurtent, d\u2019autres me fr\u00f4lent, d\u2019autres encore restent coll\u00e9s \u00e0 moi, d\u2019autres encore s\u2019\u00e9loignent, s\u2019enfuient. C\u2019est un ma\u00eblstrom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R., ma premi\u00e8re compagne qui fut la m\u00e8re de mes enfants, \u00e9tait institutrice de maternelle, mais ne lisait, du moins \u00e0 l\u2019\u00e9poque, jamais, ou seulement tr\u00e8s peu. Elle s\u2019endormait syst\u00e9matiquement sur les premi\u00e8res pages des romans que je me suis mis \u00e0 publier. Elle m\u2019avait offert ma premi\u00e8re machine \u00e0 \u00e9crire \u00e9lectrique afin de m\u2019encourager, mais je pense qu\u2019elle n\u2019a pourtant jamais lus ceux que j\u2019ai publi\u00e9 durant notre vie commune. Durant nos 13 ans d\u2019existence partag\u00e9e, je continuai de lire et d\u2019accumuler les livres en faisant des razzias dans des librairies, des supermarch\u00e9s culturels. Aux livres qui existaient, je voulais ajouter ceux que j\u2019aurais \u00e9crits. Il me venait dix id\u00e9es par jour. Je ne pensai qu\u2019\u00e0 cela. A Barcelone, \u00e0 Hong Kong, je connus le bonheur immense de d\u00e9couvrir dans les librairies fran\u00e7aises un exemplaire ou deux de mes romans. Ind\u00e9niablement, les livres \u00e9taient ma vie. Je passais un temps fou \u00e0 les classer, les reclasser. J\u2019admirai mes rayonnages comme un paysage apaisant. Je savais toujours o\u00f9 \u00e9tait tel ou tel livre et le retrouvai instantan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque j\u2019ai quitt\u00e9 R. \u2014mes enfants \u00e9taient tr\u00e8s jeunes\u2014 elle voulut subitement garder certains romans, une centaine environ, \u00e0 mon grand dam. Ce fut mon premier d\u00e9m\u00e9nagement compos\u00e9 au 4\/5e de livres. Je quittai la maison avec huit biblioth\u00e8ques bourr\u00e9es \u00e0 craquer que je dus placer dans un minuscule appartement. Je disposai les biblioth\u00e8ques de fa\u00e7on astucieuse, comme des cloisons composant un petit labyrinthe afin d\u2019optimiser l\u2019espace, d\u2019autant qu\u2019une des deux pi\u00e8ces \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux lits de mes enfants que je gardais une semaine sur deux. Les livres occupaient dans cet appartement presque davantage d\u2019espace que ses occupants. Je commandai \u00e0 un ami libraire les livres qui me manquaient \u00e0 la suite du partage de la s\u00e9paration. Il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9 d\u2019un seul roman. Il me les livra avec perplexit\u00e9. Je ne poss\u00e9dais quasiment pas de meubles, \u00e9tait donc financi\u00e8rement lessiv\u00e9 et dans une situation pr\u00e9caire, mais venait de lui acheter pour une forte somme une centaine de livres d\u00e9j\u00e0 lus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai travaill\u00e9 comme journaliste quelques ann\u00e9es dans un magazine culturel, puis dans un grand quotidien, et d\u2019autres revues aussi comme chroniqueur pigiste. Les livres re\u00e7us en services de presse qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9s \u00e9taient empil\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil, afin que chacun se serve. Chaque jour, je repartais avec une dizaine de romans. S\u2019il y en avait de mauvais, je restais toutefois incapable de m\u2019en s\u00e9parer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019est pourtant arriv\u00e9 de laisser des livres derri\u00e8re moi. De ne pas r\u00e9ussir \u00e0 conserver l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ma biblioth\u00e8que. Ainsi, chez F., ma seconde compagne. Une armoire de livres m\u2019appartenant doit encore se trouver chez elle. Je ne m\u2019en suis souvenu que des ann\u00e9es plus tard, sans parvenir \u00e0 me rappeler quels livres cela concerne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">F. avait beaucoup lu dans le cadre de ses \u00e9tudes, mais directrice d\u2019un th\u00e9\u00e2tre dans le Sud-Ouest de la France, elle ne trouvait plus le temps de lire \u00e0 cause de ses soir\u00e9es et week end en permanence sur occup\u00e9s. Elle continuait n\u00e9anmoins d\u2019en acheter. A cette p\u00e9riode, vivant soit chez elle \u00e0 800 km de mon deux pi\u00e8ces, soit avec mes bambins, en bon \u00e9crivain fauch\u00e9 en qu\u00eate perp\u00e9tuelle de travail et d\u2019argent et en p\u00e8re c\u00e9libataire d\u00e9bord\u00e9, \u00e0 constituer des piles de livres que j\u2019achetai sans m\u00eame avoir le temps de les lire. J\u2019en accumulai chez elle, chez moi. Au terme de quatre ans nous v\u00eenmes habiter \u00e0 Paris. L\u00e0 encore de mon c\u00f4t\u00e9 les 4\/5e du camion de d\u00e9m\u00e9nagement \u00e9tait compos\u00e9s de livres et de biblioth\u00e8ques. J\u2019en laissai dans sa maison en province, qui devint sa maison de campagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre appartement parisien \u00e9tait assez grand. Un couloir immense me permit d\u2019y aligner toutes mes biblioth\u00e8ques. Les livres atteignant un nombre immense, j\u2019entrepris de coller des pastilles sur la tranche de ceux que je n\u2019avais pas lus. A cette \u00e9poque j\u2019\u00e9tais devenu critique de science-fiction, et cela pris des proportions folles : je recevais une vingtaine de livres par semaine, ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019aggrava avec le temps, et ce, durant plusieurs ann\u00e9es. Il y avait de tout\u00a0: des chef d\u2019\u0153uvres comme des histoires ineptes de dragons et de f\u00e9es, mais par conscience professionnelle je continuai d\u2019entretenir mon fonds. Une vieille femme habitait au dernier \u00e9tage de l\u2019immeuble juste au-dessus de chez nous. Elle faisait \u00ab\u00a0standart\u00a0\u00bb pour son mari artisan plombier tr\u00e8s sollicit\u00e9, et passait ses journ\u00e9es, je l\u2019appris par hasard, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 lire de la science fiction, genre qui la passionnait et en lequel elle avait une grande connaissance. Chaque matin je lui d\u00e9posai des \u00e9ditions originales luxueuses devant sa porte \u2013je ne gardais que la version poche lorsqu\u2019elles \u00e9taient r\u00e9\u00e9dit\u00e9es, car le manque de place commen\u00e7ait \u00e0 se faire sentir cruellement d\u2019autant que je continuai d\u2019acheter des livres, d\u2019en gagner et comme d\u00e9sormais je vivais de l\u2019\u00e9criture et fr\u00e9quentais de nombreux \u00e9crivains, je recevais amicalement leur production. Les livres constituaient de plus en plus un probl\u00e8me, et pourtant j\u2019\u00e9tais toujours aussi fier d\u2019ins\u00e9rer ceux qui portaient mon nom \u2014m\u00eame s\u2019ils se perdaient, si peu nombreux, dans les rayonnages, et m\u00eame si j\u2019estimai que ma contribution \u00e0 la litt\u00e9rature \u00e9tait pi\u00e8tre en importance, sinon qualitativement tr\u00e8s relative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque F. et moi pr\u00e9f\u00e9r\u00e2mes vivre chacun dans un appartement diff\u00e9rent afin d\u2019essayer de sauver notre couple, je recommen\u00e7ai le cirque des cartons de livres, emballage, transport, d\u00e9ballage, classement et optimisation de l\u2019espace. J\u2019avais atterri \u00e0 nouveau dans un deux pi\u00e8ces, dont chaque mur fut aussit\u00f4t couvert par une biblioth\u00e8que. Ce fut une p\u00e9riode ma vie agit\u00e9e\u00a0: j\u2019\u00e9tais en proie \u00e0 une longue et forte une d\u00e9pression. La rupture avec F. qui n\u2019avait pas tard\u00e9 malgr\u00e9 nos tentatives d\u2019arrangements, m\u2019avait fortement atteint, et parall\u00e8lement mon petit commerce de sc\u00e9nariste, d\u2019auteur, de chroniqueur d\u00e9clinait avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Internet, des blogs et du changement des pratiques culturelles. Les avances consenties par les \u00e9diteurs commen\u00e7aient \u00e0 baisser, \u00e0 l\u2019instar des ventes moyennes. Le monde de l\u2019\u00e9dition commen\u00e7ait ce virage qu\u2019il n\u2019a pas encore termin\u00e9 et je me rendais bien compte que le livre \u00e9tait quelque chose qui ne durerait pas. Que j\u2019avais eu sans doute raison de quitter le journalisme, mais je ne vivrai pas pour autant de l\u2019\u00e9criture toute ma vie. Cela faisait moins d\u2019une d\u00e9cennie, et si j\u2019avais sans doute profit\u00e9 des derni\u00e8res belles ann\u00e9es du march\u00e9, le d\u00e9clin s\u2019annon\u00e7ait. Une seconde rentr\u00e9e litt\u00e9raire chaque ann\u00e9e, en janvier, apparu avec cinq cent livres en moyenne, apr\u00e8s celle de septembre, qui en comptait autant. La machine folle \u00e9tait en marche. Les auteurs commenc\u00e8rent \u00e0 \u00eatre maltrait\u00e9s. J\u2019en ressentis un vif \u00e9c\u0153urement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je jetai mes classeurs o\u00f9 j\u2019avais gard\u00e9 tous mes travaux, mes chroniques, mes nouvelles parues dans des magazines ou des reportages. Je ne gardai que mes propres ouvrages. Mais malgr\u00e9 mon rejet soudain et violent de l\u2019\u00e9criture, je ne parvins pas \u00e0 me s\u00e9parer de mes livres. Je cessai toutefois d\u2019en acheter. J\u2019avais calcul\u00e9 que j\u2019en avais assez de non lus pour tenir jusqu\u2019\u00e0 la fin de mes jours. Et puis il \u00e9tait devenu impossible de suivre\u00a0: la production s\u2019\u00e9tait emball\u00e9e pour maintenir les chiffres d\u2019affaires des \u00e9diteurs et ainsi pallier la baisse du lectorat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec quinze ans d\u2019avance sur le marasme actuel que connaissent des amis \u00e9crivains, j\u2019annon\u00e7ai que j\u2019allais cesser d\u2019\u00e9crire, que le monde du livre \u00e9tait fini. Une s\u00e9ance ou deux de d\u00e9dicaces sans une seule visite de lecteur au gigantesque Salon du livre de Paris, l\u00e0 o\u00f9 on \u00e9tait entour\u00e9 de milliers de tonnes de livres, avaient achev\u00e9 de me convaincre, de me signifier mon insignifiance et la vanit\u00e9 de tout ce bazar. Je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une goutte d\u2019eau. Oh non pas que j\u2019avais voulu \u00eatre Faulkner, mais j\u2019avais voulu seulement vivre de l\u2019\u00e9criture\u00a0; chose qui ne me fut permise que quelques ann\u00e9es \u00e0 peine. On me regarda bizarrement. J\u2019amor\u00e7ais une sorte de reconversion dans la d\u00e9pression. Une sorte de d\u00e9sintoxication de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u2019avais m\u00eame pas de lit dans l\u2019appartement que j\u2019occupai apr\u00e8s ma rupture avec F. Je dormis durant plusieurs ann\u00e9es \u00e0 m\u00eame le sol sur un mince matelas de futon, avec une couette pour me garder au chaud. Travaillant d\u00e9sormais dans le service communication d\u2019un minist\u00e8re, je n\u2019\u00e9tais plus \u00e9crivant, mais je restai entour\u00e9 de monceaux de livres, de livres des autres. Des critiques favorables \u00e0 mes propres ouvrages me parvenaient tardivement, des lecteurs enthousiastes m\u2019\u00e9crivaient, j\u2019apprenais que j\u2019\u00e9tais bookcross\u00e9 ici ou l\u00e0\u00a0: cela ne m\u2019int\u00e9ressait plus, voire me faisait souffrir tant je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 rejeter le pass\u00e9. Les livres sur mes murs mat\u00e9rialisaient \u00e0 un point \u00e9touffant ce que j\u2019avais \u00e9t\u00e9, ou avais voulu \u00eatre. D\u00e9sormais, ils ne me repr\u00e9sentaient plus, m\u00eame si \u00e0 la place je ne ressentais qu\u2019un vide abyssal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais si c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019entendis l\u2019histoire de ce bibliophile japonais qui \u00e9tait rest\u00e9 coinc\u00e9 3 jours sous une de ses biblioth\u00e8ques effondr\u00e9e, mais quoiqu\u2019il en fut, un matin allong\u00e9 sur mon matelas en ouvrant les yeux j\u2019observai avec effroi le plafond, la lampe qui pendouillait et surtout les rayons surcharg\u00e9s qui m\u2019entouraient du sol au plafond, les piles croulantes dans chaque recoin&#8230; Une arm\u00e9e de g\u00e9ants m\u2019entourait, pr\u00eate \u00e0 m\u2019\u00e9craser. Une sorte de panique s\u2019empara de moi, et je d\u00e9cidai illico de m\u2019affranchir de tous ces livres. Les jours suivants je me procurai des cartons que je bourrai d\u2019ouvrages et les empilai dans le couloir de l\u2019\u00e9tage qui menait \u00e0 mon appartement jusqu\u2019\u00e0 le remplir sur une dizaine de m\u00e8tres. J\u2019\u00e9tais r\u00e9solu \u00e0 stocker cette folie chez mes parents. Je me disais que plus tard si mes enfants n\u2019en voudront pas, je ferai un don \u00e0 une petite biblioth\u00e8que de village, ou vendrai le tout \u00e0 un bouquiniste. Cette d\u00e9cision de me d\u00e9barrasser des livres eut un effet b\u00e9n\u00e9fique. En retrouvant la blancheur des murs, en gagnant de l\u2019espace, en ne voyant plus la concr\u00e9tisation de mon pass\u00e9 honni d\u2019\u00e9crivain et d\u2019obs\u00e9d\u00e9 des livres, je fus soulag\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je passai de plus en plus de temps sur Internet\u00a0et lisais de moins en moins, je connus une p\u00e9riode de l\u2019existence tr\u00e8s agit\u00e9e avec des femmes qui lisaient des choses formidables et m\u2019offraient des livres magnifiques, et d\u2019autres qui lisaient des stupidit\u00e9s, mais cela n\u2019avait plus aucune esp\u00e8ce d\u2019importance, ce probl\u00e8me de qui lit quoi. La vie \u00e9tait ailleurs\u00a0: hors l\u2019\u00e9criture, hors la lecture. On dit d\u2019ailleurs en France que le reste n\u2019est que litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En classant les livres, je m\u2019aper\u00e7ois que j\u2019ai encore des exemplaires de romans \u00e9crits par L.<br \/>\nMa vie avec L. qui \u00e9tait une ambitieuse romanci\u00e8re et lisait \u00e9norm\u00e9ment relan\u00e7a quelques ann\u00e9es plus tard l\u2019envahissement par les livres\u00a0: pas seulement sur les murs, mais aussi dans la t\u00eate. Durant six ans, nous ne parl\u00e2mes que de cela, de ses propres projets de livres surtout, puisque je n\u2019en avais plus moi-m\u00eame. Je fis alors l\u2019\u00e9crivain par procuration. Souvent je lui citais des choses \u00e0 lire, et plus souvent encore cela finissait par \u00ab\u00a0C\u2019est dommage, ce livre est dans les cartons, chez mes parents. Un jour il faudra que je prenne la voiture pour aller en r\u00e9cup\u00e9rer \u00bb. Je constatai qu\u2019on pouvait rester dix ans sans ouvrir un roman, mais le fait que celui-ci soit \u00e9loign\u00e9 de vous pouvait se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre soudain g\u00eanant. Je fus de nouveau convaincu qu\u2019il fallait un jour que je rapatrie\u00a0mes livres : pour mes ateliers d\u2019\u00e9criture, pour les cours de stylistique que je donnais, pour aider L. dans ses projets, pour animer des soir\u00e9es litt\u00e9raires que nous voulions organiser un jour, pour retrouver des r\u00e9f\u00e9rences dans les chroniques que j\u2019\u00e9crivais de nouveau pour gagner ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous change\u00e2mes de ville, quitt\u00e2mes Paris pour Nantes, et trouv\u00e2mes un grand appartement. Je fis des cartons de livres\u00a0; stock restant de ceux qui n\u2019\u00e9taient pas encore all\u00e9s chez mes parents et qui s\u2019\u00e9taient enrichis de ceux de L. A cette \u00e9poque je ne lisais d\u00e9finitivement plus de litt\u00e9rature, sans doute par m\u00e9fiance, de peur que le virus de l\u2019\u00e9criture ne revint en moi (alors que j\u2019apprenais aux autres \u00e0 \u00e9crire de la fiction, en en chantant les bienfaits). J\u2019\u00e9tais sorti de ma d\u00e9pression et je pouvais c\u00f4toyer les livres sans souffrir. De plus j\u2019avais lu des ouvrages de narratologie qui avait fait de moi un \u00eatre obs\u00e9d\u00e9 par les structures complexes, \u00e0 contrainte, par les exercices formels telles les mises en abyme, les combines d\u2019\u00e9criture ou enfin qui m\u2019avaient \u00e9clair\u00e9 sur les formes universelles et immuables du r\u00e9cit ressass\u00e9 en boucle depuis la nuit des temps, d\u00e9sacralisant toute fiction qui d\u00e9sormais me tombait des mains, rendant mes propres romans \u00e0 mes yeux encore plus inutiles et ceux des autres r\u00e9p\u00e9titifs. Mon besoin personnel d\u2019apporter des histoires en avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement d\u00e9senchant\u00e9, \u00e9radiqu\u00e9. Je ne lisais plus qu\u2019utile ou alors \u00e0 l\u2019occasion quelques r\u00e9cits \u00e0 la structure en boucle, complexe, qui explorent des modes narratifs peu usit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous nous s\u00e9par\u00e2mes deux ans plus tard L. partit avec la majeure partie de ses livres \u2013elle en avait comme cela d\u2019essaim\u00e9s aux quatre coins de France o\u00f9 r\u00e9sident encore ceux qui ont partag\u00e9 sa vie- et je restai avec un bon volume des miens que j\u2019avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 lors d\u2019un premier rapatriement effectu\u00e9 entre temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ans apr\u00e8s la s\u00e9paration avec L., je me rendis pour No\u00ebl chez mes parents. L\u00e0, je d\u00e9cidai de rapporter un deuxi\u00e8me lot de livres. J\u2019avais de nouveau envie de les avoir autour de moi, m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait plus pour servir dans le cadre la \u00ab\u00a0vie litt\u00e9raire\u00a0\u00bb avec L. Sans doute que ma nouvelle existence avec M., enseignante chercheuse qui ne mettait pas d\u2019enjeux dans la relation, et surtout pas de pression litt\u00e9raire permanente comme le faisait L., y \u00e9tait pour quelque chose. Sans doute que le d\u00e9part de L. me rendant \u00e0 mon identit\u00e9 propre, remotivait le besoin de me reconstituer, et donc de retrouver aussi ma biblioth\u00e8que. Sans doute que deux \u00e9crivains dans le m\u00eame appartement du temps de L., m\u00eame si je ne l\u2019\u00e9tais alors qu\u2019au titre de mon pass\u00e9, avaient \u00e9t\u00e9 un de trop.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain de No\u00ebl, nous \u00e9tions au sous-sol chez mes parents devant les piles de cartons pos\u00e9s et j\u2019expliquai \u00e0 mon p\u00e8re que j\u2019avais de nouveau besoin de mes livres car mon activit\u00e9 d\u2019atelier d\u2019\u00e9criture avait repris du poil de la b\u00eate depuis ma s\u00e9paration avec L. Je bourrai la voiture d\u2019au moins deux m\u00e8tres cube de carton, occultant presque la lunette arri\u00e8re. Mon p\u00e8re ne comprenait pas pourquoi je voulais les reprendre, se demandait si j\u2019avais de la place dans l\u2019appartement \u00e0 Nantes, trouvait que cette histoire d\u2019accumulation de livres depuis tant d\u2019ann\u00e9es tournait au grain de folie. Il me pr\u00e9vint que la tenue de route de la voiture, au vu du poids des cartons pourrait \u00eatre moins bonne, et que ce serait peut-\u00eatre dangereux. Je ne lui dis pas qu\u2019apr\u00e8s des ann\u00e9es douloureuses \u00e0 avoir r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9radiquer compl\u00e8tement le virus de l\u2019\u00e9criture, celui-ci \u00e9tait revenu \u00e0 l\u2019occasion de la r\u00e9daction d\u2019histoires humoristiques uchroniques pour un magazine, et que j\u2019envisageai m\u00eame de participer \u00e0 un concours de nouvelles lanc\u00e9 par une universit\u00e9 italienne. Bref, que je voulais r\u00e9cup\u00e9rer mes livres, \u00eatre entour\u00e9s d\u2019eux pour mon retour \u00e0 l\u2019\u00e9criture, mais que je les trierai et me d\u00e9barrasserai des inutiles, des mauvais. Mon ami l\u2019\u00e9crivain Jean-Bernard Pouy, qui relit par serment pass\u00e9 avec lui-m\u00eame tous les 2 ans Sous le volcan de Lowry ne m\u2019avait-il pas affirm\u00e9 que seuls dix livres m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre gard\u00e9s, d\u00e8s lors qu\u2019on a trouv\u00e9 lesquels ? J\u2019assurai \u00e0 mon p\u00e8re que je conduirai prudemment \u00e0 cause de la pluie et du possible manque de stabilit\u00e9 du v\u00e9hicule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sortant de la voie de garage de chez mes parents le bas de caisse de la voiture frotta sur un d\u00e9bord. Mon p\u00e8re avait eu raison\u00a0: la voiture accusait le poids des livres. Il me renouvela son injonction \u00e0 rouler sans prendre de risques. J\u2019avais six cent kilom\u00e8tres \u00e0 faire sous une pluie diluvienne, avec mes essuie-glaces us\u00e9s et inefficaces. J\u2019enclenchai doucement la premi\u00e8re vitesse en me demandant quand je reviendrai chercher le reste de mes livres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 la p\u00e9nibilit\u00e9 du trajet \u00e0 cause des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, je me sentais le c\u0153ur l\u00e9ger et j\u2019avais h\u00e2te, une fois que j\u2019aurai remont\u00e9 tous ces lourds cartons dans l\u2019appartement de les ouvrir pour retrouver les ouvrages. Qu\u2019allais-je y trouver\u00a0? Des livres sans doute oubli\u00e9s, d\u2019autres lus avec bonheur, de mauvais livres assur\u00e9ment, de bons, d\u2019autres \u00e0 lire\u2026 Sans doute des souvenirs, li\u00e9s \u00e0 des femmes, des amis, des moments de vie. Je repensais en scrutant \u00e0 travers les trombes d\u2019eau la route glissante \u00e0 Cent ans de solitude de Garcia Marqu\u00e8s ou \u00e0 Harlem Quartet de James Baldwin que j\u2019avais lu des d\u00e9cennies auparavant sur une plage d\u2019Etretat \u2014et ces deux ouvrages, quoique il n\u2019aient aucun rapport entre eux avaient constitu\u00e9 une sorte de r\u00e9v\u00e9lation pour moi en terme d\u2019imaginaire et d\u2019\u00e9criture. Ils m\u2019avaient ouvert l\u2019esprit et la plume plus que tout autres ouvrages. Pourquoi eux\u00a0? Pourquoi \u00e0 ce moment l\u00e0\u00a0? Myst\u00e8re. Sur l\u2019autoradio une \u00e9mission litt\u00e9raire d\u00e9buta et il fut question d\u2019un nouveau romancier am\u00e9ricain qu\u2019il ne fallait absolument pas louper, incontournable, que l\u2019on se devait d\u2019acqu\u00e9rir sans tarder et j\u2019estimai alors que je suivrai ce conseil malgr\u00e9 tous ces livres non lus que je transportais dans tous les lieux de mon existence et \u00e0 cet instant m\u00eame dans mon automobile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais qui \u00e9tait ce\u00a0 romancier am\u00e9ricain dont parlait l\u2019\u00e9mission \u00e0 la radio ? Je ne sais plus, car c\u2019est \u00e0 cet instant qu\u2019un camion qui me doublait dans un nuage d\u2019eau vaporis\u00e9e et aveuglante s\u2019est brusquement rabattu devant moi. C\u2019est pourquoi j\u2019ai donn\u00e9 ce brusque coup de volant vers la droite qui m\u2019a exp\u00e9di\u00e9 dans le pr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque j\u2019eus fini de ranger tous les livres rapport\u00e9s de chez mes parents, il restait sur la table du salon cet ouvrage collectif \u00e9dit\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 de Naples. Je me suis rendu \u00e0 mon bureau et j\u2019ai fouill\u00e9 dans mon ordinateur et j\u2019ai fini par retrouver la version originale du texte, celle en fran\u00e7ais que j\u2019avais d\u00fb leur adresser. Je l\u2019ai d\u00e9vor\u00e9e rapidement, mais avec stup\u00e9faction. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9trange, vraiment\u00a0: j\u2019y parlais d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de l\u2019accident\u2026 or le r\u00e9cit d\u2019apr\u00e8s la date du fichier avait semble-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avant que je parte pour No\u00ebl chez mes parents. Enfin, je ne pouvais pas l\u2019avoir \u00e9crit apr\u00e8s l\u2019accident, puisque je venais seulement de rentrer de l\u2019h\u00f4pital, de d\u00e9charger les cartons de la voiture, et de retrouver le recueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En v\u00e9rit\u00e9, je n\u2019avais aucun souvenir d\u2019avoir m\u00eame r\u00e9dig\u00e9 ce texte. Pourtant, le livre se trouvait bien dans le carton rapport\u00e9 de chez mes parents en revenant de No\u00ebl et le fichier \u00e9tait bien pr\u00e9sent dans l\u2019ordinateur, dat\u00e9 du 20 d\u00e9cembre. Plus curieusement encore, \u00e0 la fin du fichier, j\u2019y raconte m\u00eame que je me rends \u00e0 mon bureau apr\u00e8s avoir trouv\u00e9 le recueil de Naples, et que je cherche la version originale du texte dans mon ordinateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019h\u00f4pital ils m\u2019ont dit que j\u2019avais eu de la chance car un carton aurait litt\u00e9ralement pu me rompre la nuque en glissant des piles sur la banquette arri\u00e8re vers le pare-brise lors des tonneaux effectu\u00e9s par la voiture. Que c\u2019est ce m\u00eame carton qui a heureusement et sans doute amorti ma t\u00eate contre le plafond du v\u00e9hicule avant que je ne sois \u00e9ject\u00e9 avec le chargement. Le m\u00e9decin a m\u00eame plaisant\u00e9 en me disant que c\u2019est para\u00eet-il \u00e0 un carton de litt\u00e9rature italienne que je m\u2019en suis sorti vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Tu vois, tu devrais te remettre \u00e0 \u00e9crire ; toi qui doute qu\u2019il faille publier des livres de plus. Ca peut sauver la vie\u00a0\u00bb m\u2019a dit M. en plaisantant lors d\u2019une visite dans ma chambre d\u2019h\u00f4pital. Et elle a ajout\u00e9, en me tendant un livre\u00a0en italien ins\u00e9r\u00e9 dans une enveloppe frapp\u00e9e aux armoiries de l\u2019Universit\u00e9 de Naples\u00a0: \u00ab\u00a0Tiens tu as re\u00e7u \u00e7a\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 M. que justement, c\u2019est dr\u00f4le cette co\u00efncidence, car j\u2019envisage justement de proposer un texte aux gens de cette universit\u00e9. Ils organisent une sorte de concours pour \u00e9crivains fran\u00e7ais ou francophones. J\u2019\u00e9crirai ma nouvelle apr\u00e8s les f\u00eates, en revenant de chez mes parents. Avec un peu de chance, je serai dans leur recueil. En effet, j\u2019ai une formidable id\u00e9e de r\u00e9cit qui m\u2019est venue en d\u00e9ballant les cartons de livres, et si je gagne leur concours, je recevrai au moins un exemplaire. Certes, encore un livre\u00a0! Un livre de plus\u2026 m\u00eame si j\u2019ai bien conscience qu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 trop de livres chez moi\u00a0; qu\u2019il faudrait que je fasse des cartons\u00a0; que j\u2019aille stocker tout cela chez mes parents. Les murs de l\u2019appartement en sont couverts. C\u2019est \u00e9touffant. Certes, cela devient d\u00e9lirant, je dois l\u2019avouer, tous ces livres accumul\u00e9s que je ne cesse au fil de l\u2019existence de transporter, d\u2019emballer, d\u00e9baller, trier, classer, je ne sais combien de fois. C\u2019est pour le moins r\u00e9p\u00e9titif\u00a0; \u00e0 chaque fois j\u2019ai l\u2019impression de revoir ma vie\u00a0en boucle. De plus, c\u2019est peut-\u00eatre vain et inutile lorsqu\u2019on y songe. D\u2019ailleurs, en triant des cartons de livres que j\u2019avais rapport\u00e9 de chez mes parents No\u00ebl dernier, j\u2019ai eu une sorte de vision un peu, comment dire, symbolique, \u00e0 ce propos, et d\u2019ailleurs j\u2019ai m\u00eame retrouv\u00e9 un fichier dans lequel je la raconte\u00a0: je me suis imagin\u00e9 lors d\u2019un accident \u00eatre \u00e9ject\u00e9 de ma voiture bourr\u00e9e de cartons de livres. Assomm\u00e9 par mes foutus bouquins. Le cr\u00e2ne enfonc\u00e9. Je me suis vu les bras en croix dans un pr\u00e9, parmi des ouvrages \u00e9parpill\u00e9s, parmi des pages d\u00e9chiquet\u00e9es par la pluie violente ou, telles de minuscules cr\u00e9atures fantomatiques, fuyant, chass\u00e9es par les bourrasques vers l\u2019horizon flou, froid, brumeux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je viens de retrouver sur mon ordinateur cette nouvelle (non humoristique et plut\u00f4t bizarre), \u00e9crite le 7 f\u00e9vrier 2023, jamais publi\u00e9e, et que j&rsquo;avais oubli\u00e9e. La voici pour archivage. DES LIVRES ET MOI J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 faire tenir deux m\u00e8tres cube environ de livres encartonn\u00e9s dans ma voiture qui s\u2019est quelque peu affaiss\u00e9e sous la<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5551,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[5,28],"tags":[],"fm_constellation":[138,141,143,137,140],"class_list":["post-5548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-news","category-vieux-textes"],"acf":[],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/piaille.fr\/@francismizio\/114907161399449256","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5548"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5573,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5548\/revisions\/5573"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5551"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5548"},{"taxonomy":"fm_constellation","embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-mizio.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/fm_constellation?post=5548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}