Éléments de réflexion et méthode de relevé
1. Principe général
Le Bulletin du Cognocalypse n’a pas vocation à relever n’importe quelle sottise passagère ni à confondre le simple grotesque avec un basculement de civilisation. Il mesure, de manière méthodique la progression de l’absurde lorsqu’elle révèle une altération plus profonde du rapport au réel, de la parole publique, de la décision, de la tenue morale et de la cohérence éthique.
2. Échelle du Cognocalypse
| 1 — Micropsychisme | Premiers signes isolés d’absurdité.Le fait demeure local, sporadique, encore dispersé. |
|---|---|
| 2 — Paralogoscopie | Le non-sens devient perceptible mais reste jugé secondaire.On l’aperçoit, on le relève, mais sans en tirer encore de conséquence générale. |
| 3 — Absurdisturbance | L’absurde perturbe désormais la norme sociale.Le symptôme devient visible et suscite gêne, rires ou perplexité. |
| 4 — Cognochaos | La confusion gagne plusieurs zones de la vie publique.Le désordre n’est plus un éclat ponctuel ; il se répand. |
| 5 — Paradoxplosion | Le non-sens devient spectaculaire et publiquement recevable.On entre dans une altération notable du climat général. |
| 6 — Inanitquake | Des secousses majeures atteignent les structures de rationalité.Les fondements communs de la compréhension se fissurent visiblement. |
| 7 — Logomadness | La folie linguistique et comportementale devient endémique.La dégradation est largement structurelle. |
| 8 — Absurdominium | L’absurde devient massif, normalisé, presque institutionnel.Le système ne corrige plus ses dérives ; il les administre. |
| 9 — Cognocalypse | Désintégration du sens commun et quasi-point terminal.Le seuil de non-retour est atteint ou presque. |
3. Critères de sélection des faits
- Le fait est-il seulement grotesque, ou bien révèle-t-il une dégradation réelle du rapport au réel ?
- S’agit-il d’un individu isolé, d’un milieu, d’une institution, ou d’un appareil d’État ?
- Le problème tient-il surtout à la parole, au geste, à la décision, ou à leur combinaison ?
- Y a-t-il une dimension de cynisme, ou seulement de bêtise ?
- Le phénomène est-il passager, répétitif ou structurel ?
- Le public s’en amuse-t-il encore, ou commence-t-il à s’y accoutumer ?
4. Seuils d’interprétation
Pour éviter la surenchère et distinguer l’épisode burlesque du symptôme sérieux, l’Observatoire applique les seuils d’interprétation suivants :
- 1 à 2 : incident encore dispersé ;
- 3 à 4 : symptôme désormais visible ;
- 5 à 6 : altération notable du climat général ;
- 7 à 8 : dégradation largement structurelle ;
- 9 : point terminal ou quasi terminal.
Le bulletin quotidien doit toujours motiver son classement, en montrant pourquoi le fait retenu relève de l’un ou l’autre de ces régimes. La note attribuée n’est pas un simple effet d’emphase, mais un instrument de lecture.
5. Vocabulaire d’accompagnement
Le style du relevé emprunte à la météo, à la sismologie, au langage des observatoires, aux procédures administratives et au diagnostic moral. Les termes ci-dessous constituent une réserve de formulation pour les bulletins.