
« Le réacteur Worp », de Lion Miller (1953) : une des meilleures courtes nouvelles de SF drôlatique de tous les temps… oubliée, mais à lire ici gratos
Ayant lu avec un grand plaisir ces jours-ci le jubilatoire recueil de trois nouvelles de SF loufoque Échecs et Maths de l’impeccable et regretté Terry Bisson (Folio SF mars 2003 -> présenté ici sur VIS COMICA, mon site sur la littérature et les écrits humoristiques et/ou satiriques), je me suis souvenu à la lecture du jargon de Scifi qui y est absurdement et satiriquement employé — ainsi que des paradigmes convoqués : la science incompréhensible, foutraque et quasi magique — qu’une de mes nouvelles préférées part dessus toutes, très courte, est « Le Réacteur Worp » (The available data on the Worp reactor) de Lion Miller publié par Fantasy House Inc. en 1953 – traduite pour les Éditions Opta en 1972 dans Fiction par un autre grand monsieur regretté, Alain Dorémieux et republiée par la suite dans un des volumes de l’immense anthologie de SF du Livre de poche (volume « Histoires de machines ») où je l’avais découverte, ado fasciné, dans les années 70 (les éditions principales de ce texte incroyable et incontournable sont recensées sur Noosphère, ici).
Une nouvelle a propos de laquelle on ne sait qu’une chose : elle a été écrite par un certain Lion Miller… qui est totalement inconnu.
L’histoire est celle d’un idiot incurable qui invente une machine incroyable, sinon a priori impossible… (Le résumé de la nouvelle est en bas de cet article, mais ne le lisez pas pour ne pas vous gâcher le plaisir.)
Lisez ce court texte ici, scanné depuis mon exemplaire de "Histoires de machines" (si vous voulez les fichiers écrivez-moi.
Cela ne portera préjudice à personne : ils sont tous morts et le texte n'est plus édité).
Sinon que sait-on sur Lion Miller ? Rien, donc… depuis toujours. J’ai interrogé hier Gemini Deep Research :
L’Énigme Lion Miller : L’Homme derrière le « Réacteur Worp »
1. L’Auteur : Lion Miller
Lion Miller est ce qu’on appelle dans le milieu de la science-fiction un « One-Hit Wonder » (auteur d’un seul succès majeur).
Identité : Très peu d’informations biographiques subsistent. Il n’était pas un écrivain professionnel prolifique mais un auteur occasionnel.
Carrière : En dehors de la célèbre nouvelle sur la réaction Worp, il n’a publié que de très rares textes. Son style se caractérisait par un usage brillant du jargon technocratique et scientifique utilisé à des fins parodiques.
La particularité : Sa capacité à imiter parfaitement le ton d’un rapport de laboratoire pour décrire une situation totalement absurde a marqué les esprits des éditeurs de l’époque, notamment Anthony Boucher (rédacteur en chef de The Magazine of Fantasy & Science Fiction).
2. L’Œuvre : « The Available Data on the Worp Reaction »
Publiée pour la première fois dans The Magazine of Fantasy & Science Fiction en septembre 1953 (chez Fantasy House Inc.), cette nouvelle est un chef-d’œuvre de la littérature satirique.
L’Humour
Le génie de Miller réside dans le décalage : Le ton est celui d’une monographie scientifique extrêmement sérieuse. Le sujet est une invention impossible faite de bric et de broc qui défie les lois de la physique. La chute de l’histoire (l’effet du réacteur sur l’environnement et l’humanité) est à la fois hilarante et déconcertante.
3. Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?
Lion Miller a anticipé une forme d’humour qui deviendra très populaire plus tard pour la parodie du « technobabil », dont le précurseur est le fameux « Turbo Encabulator » maintes fois ressucité, ou des détournements de manuels d’instruction, et pour la satire de l’expertise (comment des experts diplômés sont incapables d’expliquer ce qu’un enfant a construit intuitivement avec des déchets.)
Malgré sa célébrité pour ce texte, Lion Miller est resté si anonyme que certains critiques ont un temps soupçonné qu’il s’agissait du pseudonyme d’un auteur plus connu, bien que cette théorie n’ait jamais été formellement prouvée.
Résumé de la nouvelle (attention, divulgâchage !) : Aldous Worp était considéré comme un idiot incurable. Le seul son qu’on lui eût jamais entendu proférer était « Whee ! ». A 6 ans, Aldous entreprit une série de voyages d’exploration au dépotoir municipal, qui se trouvait derrière la demeure des Worp. Il ramena une grande roue dentée. C’est ainsi que débuta un projet qui ne se termina que près de vingt années plus tard. Aldous passa vingt ans à transférer des milliers d’objets métalliques du dépotoir au poulailler. Puis il commença à faire un montage. Il n’utilisait pas d’outils. Le major Herbert R. Amstrong, officier du génie des Forces armées de Etats-Unis et le docteur Philipp H. Eustace Cross, membre de la Commission de l’énergie atomique firent un rapport sur la machine d’Aldous. Ils virent Aldous actiionner sa machine. Ils virent une lueur pourpre émaner d’en dessous de ce dispositif baroque puis la machine s’éleva de deux mètres du sol et y resta suspendue. Puis Aldous s’approcha du phénomène, étendit la main, saisit la roue rouillée d’un moulin à café, le tourna, et sa machine se reposa doucement sur le sol. Les représentants des services des armées, des services d’information, de la commission de l’énergie atomique, et de divers établissements d’enseignement supérieur arrivèrent en foule. Ils ne comprirent pas le fonctionnement de la machine. La télévision arriva sur place. Finalement Aldous démonta sa machine. Il ramena une à une les pièces dans le dépotoir.



