on 16 septembre 2026J’ai fait analyser par ChatGPT+ 427 chansons de Céline Dion et générer la « chanson célinedionesque statistiquement pure »… et c’est drôle
Pour parasiter (moi aussi) la (pénible) Célinemania, j’ai fait analyser par ChatGPT+ 427 chansons de Céline Dion et générer la « chanson célidionesque statistiquement pure »… et c’est drôle.
Ce post est très long (quoique passionnant, si, si) car il détaille tout le processus de travail et les analyses du corpus célinedionesque.
Si vous voulez seulement connaître la chanson statistiquement pure, filez tout en bas de cet article. C’est la seconde chanson dans ce post : elle s’appelle ENCORE APRÈS LA NUIT
Mes questions à ChatGPT+ (niveau « élevé » ; ChatGPT+ qui est habitué et « dressé » par mes demandes depuis des années… ce qui fait qu’il fait preuve d’humour) :
J’ai 3 questions : 1 – As-tu moyen de retrouver sur le web toutes les paroles (en anglais et en français) de toutes les chansons de Céline Dion ? 2 – Si oui, je voudrais : 2 – Une analyse rapide de la « moyenne » des textes (les éléments récurrents, les mots qui reviennent le plus) et 3 – dans ce cas peux-tu générer une « chanson de Céline Dion type » ?
Je vous laisse découvrir la réponse in extenso qui est intéressante et bien drôle :
ChatGPT+ : Oui — avec une nuance qui rend l’exercice plus intéressant qu’un simple « nuage de mots ».
1. Peut-on retrouver toutes les paroles ?
On peut reconstituer un corpus très proche de l’exhaustivité, en français et en anglais. Le site officiel fournit la discographie et, pour un certain nombre de titres, les paroles elles-mêmes ; il permet aussi de tenir compte des sorties récentes, jusqu’aux titres de 2026 comme Dansons et Bonjour, Pardon, Merci.
Les bases spécialisées sont encore plus larges : Paroles-Musique annonce actuellement 582 entrées, LyricsTranslate 427 chansons, Dork 553 textes répartis sur 93 albums/publications. Mais ces chiffres ne désignent pas 582 chansons originales différentes : ils agrègent reprises, versions live, doublons, variantes linguistiques, éditions différentes, etc.
Je ne peux pas te restituer ici les centaines de paroles intégrales. En revanche, je peux parfaitement travailler sur elles sous forme d’analyse transformée : fréquences lexicales, champs sémantiques, pronoms, structures, oppositions, scénarios amoureux, formes de refrain, temporalités, etc.
Pour une étude réellement propre, je constituerais d’ailleurs non pas « toutes les pages qui portent le nom Céline Dion », mais un corpus normalisé :
une chanson = un texte, avec suppression des doublons live/remaster/remix, tout en conservant séparément français et anglais ; puis éventuellement trois sous-corpus : 1981-1989, 1990-2000, 2001-2026.
Et surtout il faut se rappeler une chose : Céline Dion n’est pas son propre parolier. Chercher le « texte moyen de Céline Dion », c’est donc chercher non pas un idiolecte d’auteur, mais une sorte de profil éditorial et interprétatif commun à Eddy Marnay, Luc Plamondon, Jean-Jacques Goldman, Diane Warren, Jim Steinman et beaucoup d’autres. C’est précisément ce qui rend ton idée amusante.
2. Première radiographie de la « chanson de Céline Dion moyenne »
Il existe même une étude linguistique portant sur trente de ses chansons anglaises. Le résultat le plus frappant est celui auquel on pouvait s’attendre : la chanson célinienne est essentiellement une machine pronominale à fabriquer du JE et du TU.
Dans cet échantillon, les chercheurs comptent notamment :
• you : 500 occurrences
• I : 443
• me : 140
• my : 119
• your : 78
La troisième personne devient marginale. Autrement dit, le monde extérieur disparaît presque derrière une relation frontale : moi face à toi.
C’est déjà une excellente définition de la chanson-type : quelqu’un parle à quelqu’un qui est présent, absent, parti, revenu, perdu, désiré, mort, impossible ou éternel.
Le noyau lexical
Pour les mots lexicaux, je préfère pour l’instant ne pas te donner de faux chiffres précis avant d’avoir nettoyé le corpus entier. Mais un premier examen fait apparaître avec une insistance massive les familles suivantes. En anglais, on gravite autour de : love — heart — life — time — feel — dream — believe — forever — never — again — alone — stay — go — come/back — night — day. En français : amour / aimer — cœur — vie — temps — encore — toujours — jamais — rêve — nuit — jour — monde — seul — partir — revenir — attendre — yeux / regard — bras. Et il y a quelque chose de plus révélateur encore que les substantifs : les adverbes absolus. Always, never, forever, again / Toujours, jamais, encore. Le répertoire préfère volontiers les valeurs infinies aux valeurs moyennes. On ne s’aime pas jusqu’à jeudi ; on s’aime toujours. On ne regrette pas beaucoup quelqu’un ; on ne pourra jamais l’oublier. Quelque chose ne recommence pas simplement : cela revient encore. C’est une poésie de l’amplificateur.
Le scénario moyen
Si je réduis maintenant quelques centaines de chansons à une sorte de squelette abstrait, j’obtiens ceci : JE aime TU. Mais quelque chose sépare JE de TU. Donc JE souffre. Cependant cet amour possède une propriété extraordinaire : il résiste à la distance, au temps, à l’absence, au changement, parfois à la mort elle-même. JE doute pendant les couplets. JE affirme pendant le refrain. Puis survient une révélation : puisque l’amour subsiste, JE peut survivre. Dernier refrain : la déclaration initiale revient, mais plus haute, plus large et plus absolue.
Voilà, à mes yeux, le moteur presque comiquement efficace de beaucoup de grandes ballades du répertoire.
Les oppositions favorites
Elles fonctionnent presque comme des commutateurs :
présence / absence
partir / revenir
hier / demain
nuit / lumière
silence / parole
faiblesse / force
seul / ensemble
perdre / retrouver
fin / recommencement
loin / près
mort / permanence du sentiment
La chanson produit ainsi constamment une petite catastrophe qu’elle peut ensuite réparer.
Le corps est réduit à quelques organes symboliques
Le cœur domine évidemment : il pense, bat, se brise, reconnaît, se souvient. Les yeux voient ou pleurent. Les bras accueillent. La voix appelle. Les mains retiennent.
Ce n’est pas une poésie très anatomique. On chercherait longtemps le pancréas amoureux de Céline Dion.
Le temps possède une géographie curieuse
Il y a énormément de : encore, demain, toujours, jamais, un jour, cette nuit, autrefois, désormais. Parce que l’amour célinien n’est presque jamais simplement un état. C’est un combat contre le temps. Cela explique aussi pourquoi tant de titres et de refrains donnent l’impression de pouvoir accompagner aussi bien une rupture, un mariage, un deuil, une résurrection ou le générique final d’un paquebot en difficulté.
Français et anglais ne sont cependant pas identiques
C’est là qu’une analyse complète deviendrait vraiment intéressante.
Le corpus anglophone international des années 1990-2000 possède particulièrement les caractéristiques de la power ballad universalisante : peu de détails concrets, énormément de JE/TU, sentiment absolu, lexique élémentaire, grandes oppositions, refrain immédiatement mémorisable.
Le corpus français est plus disparate.
Avec Goldman, apparaissent davantage de paradoxes, de comportements, de mouvements, de petites tensions narratives, parfois une syntaxe volontairement parlée.
Avec Plamondon, on trouve plus volontiers personnage, marginalité, identité, théâtre et situation.
Avec Marnay, surtout dans les premières années, l’amour et le rêve sont beaucoup plus directement nommés.
Donc une vraie « moyenne » efface quelque chose de substantiel. Mais elle révèle précisément ce que l’interprète et son entourage artistique choisissent encore et encore parmi des écritures différentes.
Le propre site officiel présente d’ailleurs It’s All Coming Back to Me Now comme une pièce emblématique de son style, tandis que sa biographie insiste sans surprise sur The Power of Love, Pour que tu m’aimes encore, My Heart Will Go On, S’il suffisait d’aimer, etc. : rien que les titres constituent déjà un extraordinaire petit corpus de puissance + amour + cœur + permanence + condition.
3. Peut-on fabriquer la « Céline Dion moyenne » ?
Oui, à condition de comprendre l’exercice comme un archétype statistique du répertoire, et non comme la copie de l’écriture précise d’un auteur vivant particulier.
J’ai donc volontairement introduit presque tous les ingrédients repérés : JE + TU ; cœur ; vie ; nuit ; jour ; temps ; partir ; revenir ; toujours ; jamais ; encore ; lumière ; monde ; absence ; bras ; rêve ; une petite catastrophe sentimentale ; puis réparation ; et surtout un refrain qui doit donner envie de lever très lentement un bras vers le plafond avant une modulation d’un demi-ton.
Voici le spécimen (NDR : il y a plus affiné plus bas) :
LÀ OÙ REVIENT LE JOUR
J’ai laissé la fenêtre ouverte
Comme on attend quelqu’un longtemps,
Et la nuit s’est posée, déserte,
Sur les heures et sur le vent.
Je croyais connaître l’absence,
Je croyais savoir dire adieu,
Mais ton silence a la puissance
De tout recommencer dans mes yeux.
Et si le temps
Nous prend nos rêves un à un,
Il reste au fond de moi
Quelque chose qu’il ne prend pas.
Car tant que mon cœur saura ton nom,
Tant qu’une lumière ira jusqu’à nous,
Même si la nuit efface l’horizon,
Je retrouverai le chemin jusqu’à toi.
Et si demain nous sépare toujours,
Si le monde oublie ce que nous étions,
J’aimerai assez fort, assez loin, assez longtemps
Pour que revienne le jour.
J’ai traversé d’autres visages,
D’autres saisons, d’autres matins,
Mais chaque détour du voyage
Me ramenait vers tes deux mains.
On dit que tout finit peut-être,
Que rien ne reste après le temps,
Mais il suffit parfois d’une fenêtre
Pour revoir la lumière d’avant.
Et si la vie
Nous apprend à nous perdre un peu,
Je garde encore en moi
Ce que je n’ai jamais perdu de toi.
Car tant que mon cœur saura ton nom,
Tant qu’une lumière ira jusqu’à nous,
Même si la nuit efface l’horizon,
Je retrouverai le chemin jusqu’à toi.
Et si demain nous sépare toujours,
Si le monde oublie ce que nous étions,
J’aimerai assez fort, assez loin, assez longtemps
Pour que revienne le jour.
PONT
Je n’ai plus peur de la distance,
Ni des années, ni des départs.
L’amour n’est peut-être qu’une chance
Qui continue quelque part.
Alors reviens —
Ou ne reviens pas.
Je sais maintenant
Que ce qui vit en moi
Va plus loin que toi.
DERNIER REFRAIN
Car tant que mon cœur saura ton nom,
Tant qu’une lumière ira jusqu’à nous,
Même au bout de la nuit, même au bout du monde,
Je porterai ce qui demeure de nous.
Et si demain devient notre toujours,
Si tout disparaît autour de moi,
J’aimerai assez fort, assez loin, assez longtemps…
Pour que revienne…
Pour que revienne…
le jour.
La dernière ligne réclame naturellement trois secondes de silence, une batterie qui revient, vingt violons et un changement de tonalité. Mais surtout, je crois qu’il y a derrière ta question un exercice beaucoup plus savoureux à réaliser : établir réellement le « génome textuel Céline Dion » à partir d’un corpus nettoyé. On pourrait obtenir les 50 substantifs, verbes, adjectifs et adverbes les plus fréquents séparément en français et en anglais ; les couples de mots les plus fréquents ; les champs lexicaux ; la proportion de je/tu/nous/il/elle ; les mots spécifiquement surreprésentés par rapport à la chanson populaire ordinaire ; puis produire une chanson utilisant, par exemple, uniquement les 100 ou 200 mots lexicaux les plus fréquents de son répertoire. Là, nous ne serions plus dans l’impression : nous fabriquerions littéralement la moyenne mathématique de Céline Dion.
Je ne voulais pas brûler davantage de tokens… et puis si, je lui ai finalement demandé tout de même ce continuer à affiner :
Tu me disais : « établir réellement le « génome textuel Céline Dion » à partir d’un corpus nettoyé. On pourrait obtenir les 50 substantifs, verbes, adjectifs et adverbes les plus fréquents séparément en français et en anglais ; les couples de mots les plus fréquents ; les champs lexicaux ; la proportion de je/tu/nous/il/elle ; les mots spécifiquement surreprésentés par rapport à la chanson populaire ordinaire ; puis produire une chanson utilisant, par exemple, uniquement les 100 ou 200 mots lexicaux les plus fréquents de son répertoire. Là, nous ne serions plus dans l’impression : nous fabriquerions littéralement la moyenne mathématique de Céline Dion. ».
Je ne voulais pas pousser la plaisanterie exploratoire plus loin, mais je me dis que si c’est possible pour toi, allons-y…
Réponse de ChatGPT+ (qui a mis 4 minutes 44 secondes à explorer un fichier de 2,77 Mo de mots et à répondre) :
On va arrêter là cette étude qui est déjà très poussée. mes lecteurs ne vont pas se prendre la tête à ce point. Mais c’est un travail brillant et surtout très éclairant. Merci.
En tout cas, ça me donnerait presque envie de faire de même avec le corpus d’Indochine, qui est quand même, franchement, hein… Allez : bon concert de Céline Dion (il ne faudrait pas bouder son plaisir ni être blessé par tous ces gens aux postures culturellement élitaires qui ont l’air de mépriser le populaire, tout de même).
(1) En linguistique et en informatique textuelle, cela consiste à réduire les formes fléchies d’un mot (comme les conjugaisons de verbes, les pluriels ou les accords de genre) à leur racine lexicale unique.Par exemple, le lemmatiser permet de transformer :
– Les verbes conjugués (chantent, chanté) en leur infinitif (chanter).
– Les noms pluriels ou féminins (maisons, petites) en leur masculin singulier
Cette opération est essentielle pour l’analyse de texte, l’indexation documentaire et le traitement automatique des langues, car elle permet de regrouper sémantiquement toutes les variations d’un même lexème.
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