
[Reco livres] « Sois clément, bel animal » de Benjamin Planchon
Sois clément, bel animal de Benjamin Planchon est un double ahurissement : ahurissement qu’un tel livre aussi OVNI trouve un éditeur en nos jours marketés tirant vers le bas, le convenu, l’interchangeable ; voici qui laisse totalement épaté (bravo et merci l’éditeur) ; ahurissement aussi quant au culot humoristique et narratif de l’auteur qu’on n’accusera jamais, car de fait c’est impossible, de dérive commerciale. Autant le dire illico : soit on adorera, soit on détestera (*).
Roman-récit cathartique, vraisemblablement écrit à la suite d’une commande ou sur l’insistance d’un éditeur désirant un nouvel opus, récit fantasme que l’on soupçonne écrit par défaut au fil de la plume selon l’actualité du moment (en gros : 2021/2022) en l’absence d’une idée de sujet à traiter, mise en abyme au carré, autofiction autoflagellante à peine masquée… ce roman né probablement d’un manque d’imagination en déborde pourtant à un point de fusion stupéfiante — stupéfiante, au sens de substances à ingérer.
D’une écriture humoristique rarement lue — la grandiloquence ironique — c’est du n’importe quoi faussement foutraque et déstructuré — sans toutefois être chien fou puisque ça tape tous azimuts sur les travers contemporains, avec hauteur, rigueur et méthode habillés grand style. Nimbé d’un certain nihilisme lyrique et sardonique, d’une autodérision tendant vers la discipline personnelle, s’offrant le luxe vulgaire de jeux sur le people et les clichés, parodiant quelques livres baudruches [on pense avoir repéré des coups de coude vers Benacquista, Houellebecq, et évidemment Jaenada, Jean Teulé, (et K. Dick ?)], osant repousser les limites du plausible, voire du compréhensible pour tendre vers le surréalisme, le fantastique, le cryptique — le personnage est il est vrai sous l’influence du Jardin des Délices de Jérôme Bosch — pour terminer dans un bouquet final halluciné façon métavers et autres réalités virtuelles, alternatives et numériques…
J’adore. Un grand auteur humoristique, mais, bien sûr, pas seulement, est parmi nous.
Présentation de l’éditeur : Son premier roman a été un tel naufrage que Benoît peine à y croire lorsqu’on lui annonce que Yanis Saint-Saëns, réalisateur multiprimé, compte porter son livre à l’écran et lui confier le premier rôle. Est-ce un canular ? Un guet-apens ? Mais le jeune écrivain tombe immédiatement sous le charme du cinéaste, un homme brillant, cruel et fantasque. Benoît se laissera happer par tous les mirages, acceptera un scénario dénaturant totalement son histoire et suivra Yanis dans l’enfer d’un tournage cauchemardesque. Ébloui, essoré, il traversera le cataclysme en funambule, au risque de perdre définitivement contact avec la réalité et de disparaître dans la ronde des simulacres.
Sois clément, bel animal – Benjamin Planchon
EAN : 9782080416025 – 288 pages – Mialet Barrault (23/08/2023)
Illustration : une forme de Jardin des Délices dénichée sur le Web, peuplé de créatures des outre-mondes virtuels d’aujourd’hui.
Cet article est la copie de celui de mon site VIS COMICA spécialisé en littérature et écriture humoristiques, où le roman de Benjamin Planchon affiche un rare comicoscore A.
(*) >> C’est soit on adore absolument, soit on déteste : il faut entrer dans ce roman mine de rien exigeant, et être sensible à l’esprit barré servi par un style volontairement très sophistiqué pour l’effet comique. >> C’est d’ailleurs le cas sur Babelio — on adore, on hait — où pourtant tout le monde aime toujours tout, car ils reçoivent des services de presse et ne veulent sans doute d’ordinaire pas se fâcher). Certains y osent en effet avouer avoir détesté ce livre — ce qui en dit d’ailleurs plus sur eux-mêmes que sur l’ouvrage…