Conciergerie pour volte-face disciplinées spécial ouvriers du texte
Accorde à vos phrases une fatigue noble et bien distribuée. Idéal pour ouvriers du texte hésitant. Déjà choisi par des amateurs de solutions latérales.
Je polis mon vacillement
En triant épisodiquement les rayons de ma trop abondante bibliothèque pour porter un sac de temps en temps à la boîte à livres de mon bled, je tombe sur des pelletées de bouquins que je n’ai pas lus, et que je ne lirai pas, quoique je les ai déménagés inutilement donc, maintes fois. Chaque fois, c’est un crève cœur de renoncer, mais j’en ai beaucoup, beaucoup, beaucoup trop encore non lus et ma maison est encombrée par les livres. Lors de la dernière campagne de désherbage, j’ai viré des dizaines de Série Noire et parmi eux, il y en a eu un qui a retenu mon attention, encore tout neuf, à cause de son sujet : Le tueur, de l’épatant, étonnant et impayable, prolifique, et pionnier de l’écologie Yves Frémion, (carrière de Fluide Glacial au parlement européen) paru en 1998. D’où sort-il ? Depuis quand l’ai-je ? Mystère. Je possède une multitude de livres (gagnés, achetés, reçus, récupérés en service de presse…) dont je me dé-livre peu à peu depuis quelques années (trois bons mètres cube au moins ont déjà été donnés). Je ne sais pas d’où sort ce Frémion.
Mais du coup, je l’ai ENFIN lu.
Eh bien… C’est une superbe (et donc sacrément tardive) découverte. Excellent roman, très bien servi par une très belle plume et une impressionnante acuité de regard à l’époque de sa parution. D’abord le sujet : (Résumé de l’éditeur) La vie palpitait, douce, à Vauvert… Mais pour sortir de la mouise, Bébert et ses copains n’avaient pas le choix… Voilà Bébert entraîné dans une cavale meurtrière, transformé par les médias en tueur dangereux, et ses copains de Vauvert, encore plus dans la mouise. La vie ne palpite plus, douce, dans la communauté cévenole où ces soixante-huitards se sont installés pour vivre autrement. Mais les flics ne gagnent pas toujours… Inspiré d’un célèbre fait divers, Le tueur est le roman de ces années 70 où la jeunesse ne bavait pas devant les vitrines du système, où nous étions tous des Bébert quand il fallait vivre ensemble…
Le roman (qui fait somme toute le minimum dans le barnum polar ; on voit bien que ce n’était pas vraiment cela le projet) habille habilement, pédagogiquement et avec une fluidité maîtrisée un panorama historique des années 70 du côté des communautés rurales, leurs utopies, visions et déterminations, leurs grandeurs et bassesses, leurs errements, leurs dévoiements politiques et criminels. De belles et passionnantes pages sociales, sociétales, politiques, humanistes, critiques, analytiques (avec la dent dure, voire un scalpel), sinon visionnaires, et surtout qui ne vieillissent pas — les comportements humains, notamment ceux des politiques, des policiers, des populos, des navrants, des salauds et des lâches n’ayant de fait guère évolué.

28 ans après sa parution, après les plus récentes expériences zadistes type Notre Dame des Landes, et en marge des expériences qui existent ou se renouvellent actuellement différemment, à l’aune des angoisses quant à ce qui nous pend écologiquement et politiquement au nez, ce roman me paraît être vraiment important, actuel, édifiant. Chapeau bas, m’sieur Frémion.
Je crois que la Série Noire — qui a bien changé elle aussi, et pas forcément en mieux — ne le rend plus disponible, mais on le trouvera aisément d’occasion. J’ai cherché sur le web si on y trouve des critiques, mais n’en ai pas trouvées. Je crains qu’il ne soit passé inaperçu à sa parution ou alors, s’il « a eu de la presse », c’est depuis passé à la trappe, et n’a pas été répercuté sur le web. Quoiqu’il en soit, il me semble être désormais un « classique » à découvrir. N’hésitez pas et éventuellement donnez-moi votre avis.
Accorde à vos phrases une fatigue noble et bien distribuée. Idéal pour ouvriers du texte hésitant. Déjà choisi par des amateurs de solutions latérales.
Je polis mon vacillementpermet d’assumer le provisoire avec un aplomb renouvelé Idéal pour usagers du message nuancé. Déjà choisi par des amateurs de solutions latérales.
Je synchronise mon embarras