Observatoire International du Cognocalypse (mesure de l’évolution de la connerie) — 2e bulletin : l’effondrement de la lecture et de la rationalité

Pour ce second bulletin de l’Observatoire du cognocalypse  – mesure de l’évolution de la connerie (qui répond à une méthodologie d’analyse précise et complexe > La méthodo et les principes > ici), j’ai considéré un fait important qui répond strictement aux critères de sélection : l’effondrement de la lecture, et par là, de la compréhension des textes, de l’écriture, de la rationalité.

Ce second bulletin > ici nous situe à 6,2/9 de l’échelle du Cognocalypse ! (État dit dInanitquake : « Des secousses majeures atteignent les structures de rationalité. Les fondements communs de la compréhension se fissurent visiblement. » pour rappel : État précédent du 26 mars : 5,4/9 — « Le non-sens devient spectaculaire et publiquement recevable. On entre dans une altération notable du climat général. »)


Ressources qui ont permis d’établir ce bulletin n°2


à télécharger
> L’article complet de Rose Horowitch (traduit par Google traduction), très long : 61 500 caractères) et disgressif mais aussi inquiétant que passionnant, en PDF > ici : findelalectureHorowitz


En ligne :

> L’article complet de Meta Media par Alexandra Klinnik réagissant à l’article de Rose Horowitch, à paraître dans The Atlantic (et cherchant un peu d’espoir)
https://www.meta-media.fr/2026/07/11/liens-vagabonds-sommes-nous-entres-dans-un-monde-post-litteraire.html


TLDR ? :

> Post d’Alexandra Klinnik, publié sur LinkedIn, réagissant à l’article de Rose Horowitch, paru dans The Atlantic et présentant son article (voir ci-dessus) :
Sommes-nous entrés dans un monde post-littéraire ?
« La fin de la lecture est arrivée », affirme Rose Horowitch, journaliste diplômée de Yale, dans une enquête (à lire) pour The Atlantic. Selon elle, « l’ère littéraire ne sera qu’un bref intermède entre l’âge de l’oralité et l’âge du numérique ». Paradoxalement, si nous n’avons jamais autant consommé de mots, absorbés par les boucles infinies de TikTok, SMS et légendes Instagram, la pratique de la lecture profonde s’étiole. Et nos capacités de synthèse et de compréhension avec. « Le déclin de la lecture semble nous installer dans un mode de pensée moins rationnel, moins analytique et moins sophistiqué. Il est difficile d’y voir le moindre avantage », déplore-t-elle.
En 2022, moins de la moitié des Américains ont ouvert un livre, selon le National Endowment for the Arts. Seulement 38% ont lu un roman ou une nouvelle. Ce recul a des conséquences directes sur les générations futures : à peine 2% des parents prennent le temps de lire une histoire à leur enfant au cours d’une journée, d’après une étude menée auprès de 236 000 Américains. Même dans leurs lycées, les programmes font désormais la part belle aux extraits plutôt qu’aux œuvres intégrales. Le résultat à long terme d’un tel délaissement mène à une atrophie cognitive : près de 30% des adultes américains sont désormais incapables de paraphraser ou de tirer des déductions d’un texte de plusieurs pages, contre moins de 20% en 2017.
Ce déclin de la lecture traverse les frontières : en France, seuls 63% des Français déclarent avoir lu au moins cinq livres au cours des douze derniers mois, en baisse de 6 points en deux ans d’après le CNL. Selon les données les plus récentes, la moitié d’entre eux ne seraient d’ailleurs plus capables de comprendre un texte long ou complexe. « Une catastrophe sous-estimée », selon l’analyste tech et média Emmanuel Parody. Face à cette crise de la concentration (qui traverse toutes les couches de la société), le modèle économique s’effondre : pour la première fois en 2025, le nombre de fermetures de librairies a ainsi dépassé celui des ouvertures au pays des Lumières.
Cette chute de la pratique n’épargne personne. Il frappe les profils historiquement les plus grands lecteurs : les retraités, les femmes et les diplômés du supérieur. À l’université de Yale, même les étudiants abdiquent face aux œuvres obligatoires, leur préférant des versions « ultra-transformés » par l’IA. L’un d’eux a notamment confié ses difficultés à lire L’Orange mécanique publié en 1962 d’Anthony Burgess, en raison d’un jargon trop complexe. Il a ainsi sollicité ChatGPT pour en obtenir une « traduction » simplifiée. Preuve que le livre est aujourd’hui perçu comme un vecteur de savoir bien trop laborieux.
La suite à lire sur le site de Méta-Media, le blog sur l’avenir des médias de France Télévisions.


Extrait de la newsletter Zeitgeist de Philippe Corbé, numéro du 21 mars 2025 (déjà inspiré lui aussi par un article précédent de Rose Horowitch dans The Atlantic)
Dans mon tas de vieux magazines à lire, j’ai rouvert par hasard un The Atlantic de l’automne (…). Le titre est assez déprimant : “Les étudiants des grandes universités qui ne savent plus lire des livres”. Mais ne faites pas comme eux, lisez la suite.
Rose Horowitch raconte comment de nombreux étudiants des universités américaines les plus prestigieuses peinent désormais à lire des livres entiers. Une tendance observée par de nombreux professeurs.Ce n’est pas que les élèves de ces grandes universités refusent de lire, mais ils n’ont jamais appris à le faire. Au lycée, beaucoup n’ont jamais lu un ouvrage complet. Les réformes éducatives ont favorisé les textes courts au détriment de lectures plus ambitieuses. Le tout accentué par la domination des smartphones, et la compétition féroce pour l’attention. Beaucoup d’étudiants sont capables de lire, mais incapables de maintenir la concentration nécessaire à des textes exigeants. Pour s’adapter, les professeurs réduisent les lectures et se concentrent sur des textes plus courts.
Le recul de la lecture de livres complique la formation intellectuelle des étudiants, mais aussi leur capacité à développer pensée critique et réflexion intérieure.
Voici quelques extraits :
“Les étudiants semblent aujourd’hui déconcertés à l’idée de devoir lire plusieurs livres en un semestre. (…) Beaucoup n’arrivent plus à l’université – même dans des établissements très sélectifs – préparés à lire des ouvrages entiers.”
“Une étudiante a raconté à un professeur de Columbia qu’au lycée public où elle était scolarisée, elle n’avait jamais eu à lire un livre en entier. On lui avait donné des extraits, de la poésie, des articles de presse, mais jamais un seul livre de la première à la dernière page.”
“Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas faire les lectures. C’est qu’ils ne savent pas comment faire. Les collèges et lycées ont cessé de le leur demander.”
“Il y a vingt ans, les cours de ce professeur ne rencontraient aucune difficulté à enchaîner des discussions approfondies sur Orgueil et Préjugés une semaine, puis Crime et Châtiment la suivante. Aujourd’hui, ses étudiants lui disent d’emblée que la charge de lecture leur semble insurmontable. Ce n’est pas seulement le rythme soutenu : ils peinent à suivre les détails tout en gardant une vue d’ensemble du récit.”
“Daniel Shore, directeur du département d’anglais à Georgetown, constate que ses étudiants ont du mal à se concentrer, même sur un simple sonnet. Ne pas réussir à lire un poème de 14 vers sans se laisser distraire pointe vers une cause bien connue du déclin de la lecture : les smartphones.”
“Être ennuyé est devenu anormal. Lire un livre, même pour le plaisir, ne fait pas le poids face à TikTok, Instagram ou YouTube. En 1976, environ 40 % des lycéens déclaraient avoir lu au moins six livres pour le plaisir au cours de l’année précédente, contre 11,5 % qui n’en avaient lu aucun. En 2022, ces chiffres se sont inversés.”
“Le problème que ces professeurs observent se distingue de celui rencontré dans les universités moins sélectives, où certains étudiants arrivent avec de réelles lacunes en lecture et en compréhension, les empêchant de suivre les cours. Les étudiants brillants des établissements prestigieux comme Columbia savent déchiffrer les mots et les phrases, mais ils peinent à mobiliser l’attention ou l’envie nécessaires pour se plonger dans un texte exigeant.”
“Rien ne dit que réduire le programme permettra de raviver le goût de la lecture. Certains spécialistes estiment que le déclin de la lecture de livres relève moins d’un manque de compétences que d’un changement de valeurs. Les étudiants peuvent encore lire des livres, affirment-ils, ils choisissent simplement de ne pas le faire.”
“Deux professeurs m’ont confié que, pour leurs élèves, lire un livre est devenu l’équivalent d’écouter un disque vinyle : une pratique que quelques passionnés cultivent encore, mais qui semble appartenir à une autre époque.”


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